Guide pour les professionnels de la santé œuvrant
auprès des familles immigrantes et réfugiées

La dengue

Faits saillants

  • Le nombre de cas de dengue augmente dans le monde, tout comme le nombre de pays où l’infection est endémique.
  • On doit craindre une dengue chez les patients qui reviennent d’un voyage dans un pays où la maladie est endémique ou qui en ont émigré récemment, qui se mettent subitement à faire une forte fièvre et qui présentent des signes et symptômes d’éruption, de nausées ou de vomissements, de myalgies ou d’arthralgies invalidantes, de céphalée ou de leucopénie.
  • Il n’existe pas de traitement spécifique de la dengue. Des soins de soutien énergiques s’imposent.
  • Il y a un vaccin, mais il n’est pas homologué au Canada ni n’est recommandé pour les voyageurs. Pour prévenir la dengue, il faut une lutte antivectorielle et une protection personnelle qui réduiront les piqûres de moustiques.

L’épidémiologie

La dengue est la principale maladie virale transmise par des moustiques dans le monde (CCMTMV 2009). Elle est causée par l’un des quatre sérotypes de flavivirus (DEN-1, 2, 3 et 4), qui sont transmis par les moustiques Aedes (CCMTMV 2009), des moustiques piqueurs diurnes qu’on trouve davantage dans les régions urbaines que dans les régions rurales (CCMTMV 2009) (figure 1). Ces moustiques piquent surtout tôt le matin et avant la tombée de la nuit. Avant 1970, seulement neuf pays avaient été touchés par de graves épidémies de dengue, mais la situation a changé, et la dengue est devenue épidémique dans plus de 100 pays tropicaux et subtropicaux du monde, notamment l’Asie, le Pacifique, les Amériques, l’Afrique et les Caraïbes.

Moustique Aedes aegypti femelle
Figure 1. Moustique Aedes aegypti femelle
Source : Centers for Disease Control and Prevention/Prof. Frank Hadley Collins, directeur, Center for Global Health and Infectious Diseases, université de Notre Dame. Photo James Gathany.

En 2013, l’Organisation mondiale de la Santé estimait qu’environ 400 millions de cas d’infection par la dengue se déclaraient annuellement, y compris 100 millions de manifestations cliniques (www.who.int/denguecontrol/epidemiology/en) et 22 000 décès, surtout chez les enfants. Le taux de mortalité des infections sévères peut atteindre les 15 %, mais est inférieur à 1 % lorsqu’elles s’associent à une intervention médicale convenable (CCMTMV 2009). On ne connaît pas le taux d’infections chez les jeunes visiteurs ou les immigrants au Canada et chez les personnes qui reviennent de l’étranger, mais selon des rapports de cas isolés, on pense qu’il augmente, tout comme le nombre de pays où la dengue est active. Cette maladie est désormais le deuxième diagnostic en importance après le paludisme chez les voyageurs de retour au pays (à jour – santé).

Les facteurs de risque

Les immigrants nouvellement arrivés au Canada qui proviennent d’une région à haut risque peuvent être vulnérables à l’infection, de même que les voyageurs qui se sont récemment rendus dans une région à haut risque.

En général, les secteurs à haut risque se situent dans les régions tropicales et subtropicales, comme le démontre la figure 1 (OMS 2016).

Figure 1 : Régions vulnérables à la transmission de la dengue, 2016
Figure 2 : Distribution du risque mondial de dengue, OMS 2012(4)
Traduction autorisée de WHO Dengue Control – Epidemiology; www.who.int/denguecontrol/epidemiology/en/, consulté le 22 février 2018.
Figure 1 : Régions vulnérables à la transmission de la dengue, 2016
Adapté et traduit de Hadinegoro SRS. The revised WHO dengue case classification: does the system need to be modified? Paediatr Int Child Health. 2012 May;32(s1): 33-8.

 

Les indices cliniques

Il est essentiel de provenir ou de revenir d’un pays endémique.

En général, les signes de dengue se manifestent de quatre à sept jours après l’infection, mais peuvent se déclarer jusqu’à 14 jours après la piqûre d’un moustique. Ils peuvent inclure les éléments suivants (CCMTMV 2009) :

  • Fièvre rouge
  • Manifestation soudaine de forte fièvre, souvent en deux phases
  • Céphalées intenses
  • Douleurs rétro-orbitaires ophtalmoplégiques
  • Douleurs musculaires et articulaires invalidantes
  • Nausées
  • Vomissements
  • Éruptions cutanées qui se déclarent entre les poussées de fièvre
  • Manifestations sanglantes occasionnelles
  • Leucopénie

La gravité de l’infection

La guérison d’une infection par un sérotype de dengue :

  • procure une immunité permanente contre ce sérotype;
  • ne confère aucune protection contre les trois autres sérotypes.

Il est possible d’être infecté par quatre sérotypes au cours de sa vie.

Il y a un léger risque de grave maladie après une infection par la dengue :

  • Risque de dengue sévère plus élevé lors d’une deuxième infection par un autre sérotype que le premier.
  • Évolution clinique de la troisième et de la quatrième infections généralement plus bénigne (OMS 2017)
  • Jeune âge
  • Ethnie
  • Maladie chronique (asthme bronchique, anémie à cellules falciforme, diabète)

Les jeunes enfants sont plus vulnérables à la dengue avec syndrome de choc que les adultes, parce qu’ils sont peut-être moins en mesure de compenser la fuite capillaire (OMS 2009).

La maladie peut osciller entre une infection invisible et une dengue classique, une dengue sévère (qui a déjà été désignée par le terme dengue hémorragique) et une dengue avec syndrome de choc (OMS 2009). Dans certains pays asiatiques et latino-américains, la dengue sévère est la principale cause de maladies graves et de décès chez les enfants, encore plus que le paludisme. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a rédigé des définitions de cas, mais les différences entre elles sont souvent floues.

Figure 2. Classification et degré de gravité proposés des cas de dengue (OMS 2009)
Figure 3. Classification et degré de gravité proposés des cas de dengue

Extrait traduit avec l’autorisation de l’éditeur, OMS. Dengue guidelines for diagnosis, treatment, prevention and control. Genève, Suisse: OMS, 2009: www.who.int/rpc/guidelines/9789241547871/en.

Le diagnostic

Envisagez la dengue dans le diagnostic différentiel des patients qui (CCMTMV 2009) :

  • sont fiévreux, ET
  • émigrent d’une région à risque ou y ont voyagé dans les deux semaines suivant l’apparition des symptômes.

Chez ces patients, il faut envisager le risque de paludisme, de dengue, de fièvre typhoïde, de leptospirose et d’influenza dans le diagnostic différentiel.5

Les critères diagnostiques de la dengue sont présentés à la figure 2.

Après avoir communiqué avec votre laboratoire, envisagez d’effectuer des tests sérologiques, moléculaires ou autres (p. ex., détection d’antigènes) pour confirmer le diagnostic, mais soyez conscient des délais possibles avant d’obtenir une confirmation. Les décisions cliniques doivent se fonder sur les antécédents des patients et les observations, la confirmation arrivant plus tard.

Pendant la période fébrile (particulièrement pendant la phase précoce), il se peut que les anticorps ne soient pas détectables. Lorsque la fièvre tombe, il peut être difficile de déceler l’ARN, le virion ou la protéine de la dengue. Le Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages (CCMTMV) recommande d’effectuer des tests sérologiques en prélevant des échantillons de sérum pendant la phase aiguë (de zéro à cinq jours après l’apparition de la fièvre) et la phase de convalescence (de six à 30 jours après l’apparition de la fièvre) (CCMTMV 2009). Le Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg fournit les services diagnostiques de la dengue au Canada.

La prise en charge

Il n’y a pas de thérapie contre la dengue (CCMTMV 2009). L’OMS a publié des directives de prise en charge, en anglais (OMS 2009).

Des soins de soutien énergiques s’imposent pour soigner les cas graves.

  • En raison de la fuite capillaire, l’administration des liquides doit être proactive et il faut dépister rapidement les signes de choc.
  • Il faut également prendre en charge les saignements de manière proactive et éviter les salicylates, qui peuvent les exacerber.
  • Il peut être nécessaire d’administrer des anticonvulsivants en cas de convulsions.
  • Une insuffisance multiorganique est possible, qui peut toucher le foie, les reins et le cœur. Le rétablissement peut être lent et complexe.
  • Les séquelles à long terme, telles que la myocardiopathie et la fatigue persistante, sont possibles.

La prévention

Il y a un vaccin contre la dengue (Dengvaxia) (OMS 2017), mais il n’est pas homologué au Canada ni n’est recommandé pour les voyageurs. Des inquiétudes ont été soulevées quant à la gravité de l’infection par la dengue postvaccination. Par conséquent, il est bon d’utiliser des mesures de protection personnelle, y compris la réduction du risque de piqûres d’insectes par le recours aux insectifuges et le port de vêtements longs pour se protéger contre les insectes piqueurs diurnes. Il est également utile de procéder à une lutte antivectorielle (Ollario P et coll. 2018). D’autres renseignements sur la prévention sont fournis dans le module intitulé Les maladies des voyageurs.

Quelques ressources

Références

  1. Duber HC, Kelly SM. Febrile illness in a young traveler: Dengue fever and its complications. J Emerg Med 2013;45(4):526-9. DOI:10.1016/j.jemermed.2013.03.021.

  2. Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages (CCMTMV). Déclaration sur la dengue. Can Commun Dis Rep 2009;35(avril 2009):1-11.

  3. OMS. Dengue guidelines for diagnosis, treatment, prevention and control. Genève, Suisse: OMS, 2009

  4. OMS. Dengue et dengue sévère. Aide-mémoire no 117. 2 février 2018.  

  5. OMS. Updated Questions and Answers related to the dengue vaccine Dengvaxia® and its use. Décembre 2017

  6. Olliaro P, Fouque F, Kroeger A, Bowma L, Velayudhan R, Santelli AC et coll. Improved tools and strategies for the prevention and control of arboviral diseases: A research-to-policy forum. PLoS Negl Trop Dis. 2018;12(2):e0005967. https://doi.org/10.1371/journalpntd.0005967

Éditeurs scientifiques

  • Noni MacDonald, MD

Mise à jour : mai 2018

http://www.enfantsneocanadiens.ca/conditions/dengue
© 2018 Société canadienne de pédiatrie.
Tous droits réservés.
Politique de confidentialité | Plan du site

Les soins aux enfants néo-canadiens est une ressource destinée aux professionnels de la santé. L'information qui y figure ne remplace pas les conseils d'un médecin ni n'est indicatrice d'un seul mode de traitement ou d'intervention. Des variations peuvent convenir, compte tenu de la situation du patient.

haut de page