Guide pour les professionnels de la santé œuvrant
auprès des familles immigrantes et réfugiées

La malnutrition

Faits saillants

  • La malnutrition est très courante chez les nouveaux réfugiés, les enfants issus de l’adoption internationale et, dans une moindre mesure, les enfants immigrants.
  • La malnutrition est souvent subclinique, mais elle peut prendre la forme d’un retard staturopondéral, d’une émaciation ou d’une insuffisance pondérale. Les carences en calories et en protéines sont courantes, et les carences en micronutriments peuvent être très fréquentes, en fonction de la région d’origine.
  • On peut présumer que la majorité des enfants réfugiés ou issus de l’adoption internationale sont malnutris. Ils peuvent présenter une anémie ou d’autres carences en micronutriments, qui peuvent toutefois se limiter à une forme subclinique.
  • Les enfants néo-canadiens asymptomatiques (qui vivent au Canada depuis cinq ans ou moins) devraient subir un dépistage systématique, y compris une formule sanguine avec formule leucocytaire différentielle. Les tests spécialisés, tels que le dosage des taux de vitamine D ou de vitamine A, sont généralement réservés au bilan d’une maladie symptomatique.
  • Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis recommandent d’administrer une multivitamine contenant du fer à tous les enfants réfugiés de moins de cinq ans. On peut également l’envisager chez les enfants réfugiés plus âgés.
  • Les causes ou les facteurs qui peuvent contribuer à la malnutrition sont la pauvreté, l’accès limité aux aliments, les maladies infectieuses comme les parasitoses et le paludisme et les maladies chroniques.

Le risque de malnutrition dépend du type de nouvel arrivant et de sa région d’origine. Le taux de malnutrition est élevé chez les enfants réfugiés1 et issus de l’adoption internationale2 provenant de régions aux ressources limitées. Les enfants qui migrent de ces pays peuvent également présenter une malnutrition. Même si on ne possède pas de données sur les néo-Canadiens d’âge pédiatrique, le fort taux de malnutrition dans les pays aux ressources limitées fait foi de la gravité du problème. Dans bien des pays d’Afrique subsaharienne, par exemple, un enfant sur quatre présente une insuffisance pondérale, et la sous-alimentation est un facteur important de mortalité infantile.3

La malnutrition, qui inclut des carences en micronutriments (la carence en fer est la plus courante), ne s’associe pas toujours à des symptômes cliniques. Elle peut également prendre la forme d’un retard staturopondéral, d’une émaciation ou d’une insuffisance pondérale attribuable à une malnutrition protéino-calorique. Le degré de malnutrition dépend de facteurs comme la gravité et la durée de la privation alimentaire. Dans certains cas, les enfants réfugiés sont aux prises avec l’insécurité alimentaire après leur réinstallation, et ils consomment des aliments de mauvaise qualité, moins coûteux que des choix plus sains. Ces aliments contiennent peut-être suffisamment de calories, mais ils manquent souvent de protéines ou de micronutriments. Ainsi, dans certains cas, des enfants obèses présentent une carence en micronutriments.4

Les principales définitions

Voici quelques mots couramment associés à la malnutrition :3

Malnutrition
Problème de santé se produisant en présence d’un déséquilibre des éléments nutritifs (p. ex., calories, vitamines et minéraux) contenus dans les aliments consommés et nécessaires pour la croissance et les fonctions organiques. La malnutrition peut désigner soit un manque (sous-alimentation) ou un excédent (suralimentation) d’éléments nutritifs.
Malnutrition protéino-calorique
Spectre de malnutrition attribuable à une carence alimentaire de protéines, de calories ou de ces deux éléments. Le marasme et le kwashiorkor en sont les deux extrêmes.
Marasme
Forme extrême de malnutrition protéino-calorique, caractérisée par une consommation insuffisante de calories, qui entraîne une importante atrophie musculaire et tissulaire.
Kwashiorkor
Forme aiguë de malnutrition protéino-calorique causée principalement par une consommation insuffisante de protéines, qui peut se manifester par un œdème, une irritabilité, une anorexie, une décoloration et une perte des cheveux de même qu’une hépatomégalie.
Sous-alimentation
Apport alimentaire ne contenant pas assez d’éléments nutritifs pour répondre aux besoins physiologiques minimaux.
Insuffisance pondérale
Faible poids par rapport à l’âge, mesuré par rapport à une population de référence bien nourrie et en santé.
Émaciation
Perte de poids importante, généralement associée à une privation alimentaire aiguë attribuable à la famine ou à une maladie et mesurée en comparant le poids par rapport à la taille d’un enfant à celui d’une population de référence.
Retard de croissance
Petite taille par rapport à l’âge, accompagnée d’un indicateur de malnutrition chronique, calculée en comparant la taille par rapport à l’âge d’un enfant à celui d’une population de référence.
Retard de croissance asymétrique et symétrique
La privation alimentaire chronique commence par épargner la tête (retard de croissance asymétrique), mais si cette privation perdure, la tête de l’enfant (et, par conséquent, le développement de son cerveau) est également touchée (retard de croissance symétrique).

Le diagnostic et le traitement

Les professionnels de la santé doivent s’informer auprès des familles de nouveaux arrivants de leurs pratiques alimentaires passées et courantes, notamment pour découvrir les aliments de transition administrés aux bébés et aux nourrissons, dont la biodisponibilité en fer peut être limitée.

En général, les cliniciens peuvent présumer que les enfants réfugiés ou issus de l’adoption internationale qui proviennent de régions aux ressources limitées sont malnutris et vulnérables à une carence en micronutritiments. D’ordinaire, il est indiqué de leur administrer une multivitamine contenant du fer.1,2

Les enfants néo-canadiens asymptomatiques devraient subir un dépistage systématique, y compris une formule sanguine avec formule leucocytaire différentielle. Les tests spécialisés, tels que la vérification des taux de vitamine D ou de vitamine A, sont généralement réservés au bilan d’une maladie symptomatique, telle que le rachitisme, une diminution de la vision ou la cécité.

Les enfants ayant une anémie qui proviennent d’une région où les hémoglobinopathies sont fréquentes devraient subir un test d’hémoglobinopathie (au moyen de la chromatographie en phase liquide à haute performance [CLHP] ou d’une analyse de l’hémoglobine [p. ex., électrophorèse de l'hémoglobine]) avant de commencer à administrer des doses thérapeutiques de fer.4

Les CDC recommandent d’obtenir les antécédents complets (y compris les antécédents alimentaires) et de procéder à un examen physique pour déceler des manifestations de sous-alimentation (ou de suralimentation) ou de carence en macronutriments (ou en micronutriments). L’exploration des antécédents alimentaires d’une famille inclut des questions sur le type d’aliments, la qualité et la quantité d’aliments et les situations d’insécurité alimentaire. Il faut se concentrer sur les grossesses, la petite enfance, la période qui a suivi le sevrage et celle qui a suivi l’arrivée au Canada. Les mesures anthropométriques recommandées pour déterminer la malnutrition sont le poids, la taille et l’indice de masse corporelle (IMC) de l’enfant par rapport aux indicateurs de croissance standards publiés par l’Organisation mondiale de la santé.5,6

Les CDC font également les recommandations suivantes :4

  • Administrer une multivitamine adaptée à l’âge à tous les enfants de six mois à 59 mois. Des suppléments précis peuvent être bénéfiques aux enfants de plus de cinq ans.
  • Donner des conseils alimentaires adaptés à la culture et apporter un soutien sur le plan social afin de s’assurer que les familles ont accès à des aliments sains. 
  • Assurer une surveillance soutenue de la croissance et du développement, un dépistage nutritionnel adapté à l’âge et une éducation nutritionnelle continue.

Les sources de macronutriments et de micronutriments

Au tableau 1 figurent les sources courantes de macronutriments et de micronutriments. Des fiches d’information plus détaillées sont offertes, en anglais, dans le site Web des National Institutes of Health des États-Unis.

L’apport quotidien recommandé de macronutriments et de micronutriments est exposé dans le site Web de Santé Canada.

Tableau 1 : Les sources courantes de macronutriments et de micronutriments (NIH 2012)

Macronutriment ou micronutriment

Sources courantes

Acide folique

 

Légumes-feuilles (p. ex., épinards), fruits (p. ex., agrumes), haricots et pois secs, produits céréaliers enrichis (p. ex., pain, céréales, pâtes, riz)

Calcium

 

Lait, yogourt, fromage, légumes (p. ex., chou vert, brocoli), aliments enrichis (p. ex., jus de fruits et boissons fruitées, tofu, céréales), poisson en conserve (p. ex., sardine, saumon)

Fer

Viande rouge, volaille, poisson, fruits de mer, lentilles, légumineuses

Vitamine A

 

Foie, poisson, lait, œufs, légumes-feuilles (p. ex., brocoli), légumes orangés ou jaunes (p. ex., carotte, courge), céréales enrichies, fruits (p. ex., cantaloup)

Vitamine B12

 

Poisson, viande, volaille, œufs, lait, produits laitiers, céréales pour déjeuner enrichies, levures nutritionnelles

Vitamine D

 

Poisson gras (p. ex., saumon, thon, maquereau), foie de bœuf, fromage, aliments enrichis (p. ex., lait, céréales, jus)

Zinc

 

Viande rouge, volaille, légumineuses, noix, fruits de mer (p. ex., huîtres, crabe, homard), produits céréaliers entiers, céréales enrichies, produits laitiers

Source : Adapté des National Institutes of Health, Vitamin and mineral supplement fact sheets.

L’obésité

De nombreuses familles de réfugiés ont connu la misère, y compris la pénurie ou l’insécurité alimentaire. Au Canada, elles consomment peut-être un régime riche en calories, mais faible en éléments nutritifs, perpétuant la situation de malnutrition et contribuant à l’obésité.7 Plus d’information sur l’obésité chez les enfants et les adolescents immigrants figure dans le présent site Web.

Pour obtenir plus d’information sur des carences en macronutriments et en micronutriments précises, consultez les modules suivants :

Quelques ressources

Références

  1. Mason JB, White JM, Heron L et coll. Child acute malnutrition and mortality in populations affected by displacement in the Horn of Africa, 1997-2009. Int J Environ Res Public Health 2012;9(3):791-806.
  2. Park H, Bothe D, Holsinger E et coll. The impact of nutritional status and longitudinal recovery of motor and cognitive milestones in internationally adopted children. Int J Environ Res Public Health 2011;8(1):105-16.
  3. Programme alimentaire mondial. Hunger glossary.
  4. Centers for Disease Control and Prevention. Guidelines for evaluation of the nutritional status and growth in refugee children during the domestic medical screening examination. Bethesda, MD: CDC, 2012.
  5. Organisation mondiale de la santé. Normes de croissance de l’enfant.
  6. Les Diététistes du Canada, Société canadienne de pédiatrie, Le Collège des médecins de famille du Canada et Association canadienne des infirmières et infirmiers communautaires. Promouvoir la surveillance optimale de la croissance des enfants au Canada : L’utilisation des nouvelles courbes de croissance de l’Organisation mondiale de la santé. Paediatr Child Health 2010;15(2):77-9.
  7. Rondinelli AJ, Morris MD, Rodwell TC et coll. Under- and over-nutrition among refugees in San Diego county, California. J Immigr Minor Health 2011;13(1):161-8.

Autres ouvrages consultés

Éditeurs scientifiques

  • Anna Banerji, MD
  • Andrea Hunter, MD

Mise à jour : juin 2014

http://www.enfantsneocanadiens.ca/conditions/malnutrition
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