Guide pour les professionnels de la santé œuvrant
auprès des familles immigrantes et réfugiées

L’évaluation médicale des enfants immigrants et réfugiés

Faits saillants

  • Pour apprendre à connaître un enfant néo-immigrant ou réfugié, il faut obtenir ses antécédents complets, effectuer un examen physique et demander les examens pertinents.
  • Au moment d’évaluer des enfants et adolescents néo-canadiens, il faut être sensible aux différences de culture et de langue. Il faudra peut-être faire appel à des interprètes culturels.
  • Il faut être à l’affût de maladies chroniques qui n’ont peut-être pas été bien soignées et de maladies qu’on n’observe généralement pas au Canada.
  • Il faut savoir que les enfants immigrants et réfugiés peuvent présenter divers problèmes, tant sur le plan physique que psychosocial.
  • Il peut falloir plusieurs rendez-vous pour terminer l’évaluation médicale initiale.
  • Ce site contient des outils virtuels pour effectuer l’évaluation médicale et pour établir le diagnostic différentiel des symptômes et des résultats de laboratoire courants.

La plupart des enfants immigrants et réfugiés néo-canadiens n’ont jamais subi d’évaluation de santé fiable, précise ou valide. Il est essentiel de diagnostiquer les problèmes de santé qui peuvent nuire à la croissance et au développement de l’enfant, y compris les maladies infectieuses, les maladies chroniques et les problèmes psychosociaux.

L’évaluation médicale initiale

L’évaluation initiale d’un jeune nouvel arrivant ne diffère pas de celle d’un enfant né au Canada. Elle comprend des antécédents détaillés et complets, un examen physique complet et des examens pertinents. En présence de symptômes, le bilan peut être ciblé vers des secteurs précis.

Idéalement, le premier rendez-vous devrait avoir lieu le plus tôt possible après l’arrivée de la famille au Canada. Toutefois, il se déroule plus souvent lorsqu’un enfant est malade ou a un problème de santé et que la famille est installée au Canada depuis un certain temps.

Il peut vous sembler intimidant de rencontrer une famille de nouveaux immigrants ou réfugiés pour la première fois, surtout si elle provient d’un pays ou d’une culture que vous connaissez mal ou si elle a plusieurs enfants. Retenez les conseils suivants :

Un professionnel de la santé sensible, empathique et compatissant peut en apprendre beaucoup sur un nouvel enfant grâce à un sourire chaleureux, une attitude calme et des gestes doux.

  • Vous devrez peut-être consacrer beaucoup de temps et d’énergie à obtenir les antécédents d’une famille, puis les antécédents et l’examen physique de chaque enfant. Étalez ce processus sur plus d’un rendez-vous.
  • Idéalement, chaque enfant de la famille devrait avoir son propre rendez-vous, bien que ce ne soit pas toujours possible dans les familles occupées.
  • Si un enfant a un problème de santé précis, vous déciderez peut-être de vous concentrer uniquement là-dessus et de reporter l’évaluation médicale générale au rendez-vous suivant.
  • Certains enfants devront être hospitalisés pour recevoir des soins médicaux d’urgence.

La préparation au rendez-vous : les documents

L’examen médical aux fins de l’immigration (EMI).

L’EMI est effectué avant l’immigration et se compose des antécédents médicaux, de l’examen physique ainsi que d’analyses de laboratoire et d’une radiographie thoracique en fonction de l’âge. Le site de Citoyenneté et Immigration Canada fournit de l’information détaillée sur les examens compris dans l’EMI.  Il est important de souligner qu’une longue période peut s’être écoulée entre l’EMI et l’arrivée de l’enfant au Canada.

Inviter les familles d’immigrants et de réfugiés à apporter tous leurs documents en matière de santé, y compris :

  • les tests de dépistage ou les résultats des tests effectués avant l’immigration,
  • les dossiers de vaccination,
  • les courbes de croissance,
  • les documents médicaux en provenance de leur pays d’origine.

Faites-en des copies pour le dossier et remettez les originaux à la famille. Certains documents devront peut-être être traduits. Souvenez-vous d’utiliser ces données avec prudence, car l’information n’est pas nécessairement exacte.

Une communication efficace avec les familles de nouveaux arrivants

Certains facteurs peuvent influer sur la communication avec la famille, et les conseils suivants peuvent contribuer à nouer une relation positive.

L’attitude du clinicien

  • Accueillez les enfants et les familles de nouveaux arrivants avec un sourire chaleureux et adoptez une approche lente et douce. Il peut être utile d’apprendre à formuler des salutations dans la langue des familles qui s’installent généralement dans votre région.
  • Prévoyez assez de temps pour installer un climat détendu, ouvert et non menaçant.

La dynamique familiale

  • Soyez sensible aux interactions entre les membres de la famille et au rôle que chaque membre joue au sein de la famille. D’ordinaire, vous obtenez la majeure partie des antécédents directement auprès d’un enfant plus âgé ou d’un adolescent, mais dans certaines cultures, il convient peut-être mieux de poser les questions à un aîné, tel qu’un père ou un grand-parent, même si cette personne ne connaît pas toujours les réponses.
  • Envisagez de reporter les questions relatives aux relations jusqu’à ce que vous ayez appris à connaître la famille et sa culture. Les familles peuvent attendre d’avoir noué une meilleure relation et établi un climat de confiance avant de divulguer de l’information comme la polygamie ou les unions libres.

La dynamique entre le médecin et son patient

  • Évitez les généralisations et les stéréotypes. Des facteurs culturels peuvent influencer sur les interactions avec les professionnels de la santé, mais souvenez-vous que chaque individu est unique. La flexibilité dans votre mode de communication et votre approche fait partie des soins axés sur le patient.
  • Les familles n’établissent pas toujours la ligne d’action lors de la première interaction. Vous devrez peut-être prendre les devants. Demandez à la famille si elle a des questions ou ce qu’elle souhaite tirer du rendez-vous.
  • Dans certaines cultures, les médecins sont considérés comme des figures d’autorité et doivent démontrer leur leadership en établissant la ligne d’action.

Le statut d’immigration

  • Certaines familles hésitent à révéler leur statut d’immigration, de crainte que les autorités soient informées d’une maladie et qu’elles courent un risque de déportation, ce qui est généralement une fausse présomption. Indiquez clairement que l’information relative au statut d’immigration demeurera confidentielle.
  • Certaines familles ne se présenteront pas au rendez-vous de suivi si vous vous informez de son statut d’immigration.
  • Si la famille semble hésiter à révéler son statut d’immigration, vous pouvez lui dire une phrase dans l’esprit de « Je n’ai pas besoin de connaître votre statut d’immigration, mais est-ce que je peux faire quelque chose pour vous aider? »
  • Pour des besoins de facturation, que ce soit en cabinet privé ou dans une clinique hospitalière, il est important de savoir si la famille possède des assurances privées ou une couverture d’assurance-maladie. Ce renseignement révélera généralement son statut d’immigration.

Le bagage culturel et l’expérience de migration

  • Souvenez-vous que le patient a peut-être vécu la guerre, les morts, la violence, la torture, la faim ou l’emprisonnement. De tels traumatismes peuvent nuire à sa santé, ainsi qu’à sa confiance et à son respect envers les figures d’autorité.
  • Il est important d’avoir certaines connaissances des problèmes dans les différentes régions du monde, mais évitez de généraliser ou de tirer des hypothèses.

Le système de santé canadien

  • Présentez un aperçu du système de santé canadien et expliquez où la famille se situe au sein de ce système.
  • Précisez quelle couverture d’assurance-maladie provinciale, territoriale ou fédérale est à sa disposition.

Le recours à un interprète

Vous trouverez plus d’information sur la communication et l’assurance-maladie dans les modules suivants :

La prise des antécédents

L’évaluation médicale initiale consiste à obtenir les antécédents de chaque enfant et de l’ensemble de la famille et s’étale probablement sur plus d’un rendez-vous. L’information à aborder pendant la prise des antécédents est résumée ci-dessous. D’autres renseignements à cet égard figurent dans le module sur les compétences culturelles et dans un document pdf que vous pouvez télécharger.

Les principales inquiétudes et les principaux symptômes

  • Concentrez-vous d’abord sur les principales inquiétudes, les principaux symptômes et les problèmes de santé de l’enfant ou de la famille.
  • Demandez à la famille si elle a des questions ou ce qu’elle souhaite tirer du rendez-vous.

Les antécédents familiaux

  • Vérifiez le nom complet de l’enfant, et faites-le épeler. Des erreurs surviennent parfois, surtout dans l’ordre des noms ou lorsque le nom de l’enfant diffère de celui d’un parent.
  • Vérifiez qui sont les parents biologiques de l’enfant et qui sont les personnes qui s’occupent de lui régulièrement.
  • Les antécédents familiaux complets des parents, des frères et sœurs et de la famille élargie incluent :
    • l’âge (connu), l’emploi ou la formation, dans le pays d’origine et au Canada, les problèmes de santé et les caractéristiques susceptibles d’influer sur les symptômes de l’enfant,
    • les maladies, les hospitalisations, les opérations, les accidents et les maladies tropicales (s’il y a lieu) subis par le passé,
    • les antécédents de maladies comme la tuberculose, l’hépatite, la lèpre et le VIH-sida.

Les relations familiales

  • Informez-vous du contexte de vie familiale et s’il est temporaire. Par exemple, la famille est-elle toute réunie? Y a-t-il un soutien familial ou de la famille élargie au Canada?
  • Demandez si d’autres membres de la famille viendront rejoindre la famille au Canada.
  • Demandez si la famille prévoit faire un voyage dans son pays d’origine, et à quel moment.

Le lieu de naissance, le pays où les enfants ont été élevés, les antécédents de déplacements

  • Évaluez les caractéristiques du lieu où l’enfant est né et a été élevé (s’il a été élevé ailleurs qu’à son lieu de naissance), en particulier :
    • le climat (p. ex., aride, sec et humide, tropical, tempéré),
    • le lieu, en milieu rural ou urbain,
    • les conditions de logement, les sources d’eau et de nourriture,
    • les insectes et animaux prédominants (pour déterminer le risque d’arbovirus et de zoonoses).
  • Vérifiez si la famille a vécu dans un camp de réfugiés, son emplacement et la durée du séjour.
  • Établissez les antécédents de déplacements à partir du pays d’origine.
  • Informez-vous des pays dans lesquels la famille a vécu avant son arrivée au Canada.

Dans le présent guide, vous trouverez une liste d’hyperliens proposant de l’information à jour en matière de santé, par région ou par pays.

L’âge de l’enfant

  • En général, il est possible de vérifier la date de naissance de l’enfant sur ses papiers d’immigration, mais dans certaines cultures, on calcule l’âge différemment, et les familles de nouveaux arrivants ne connaissent pas toujours la date de naissance exacte de leur enfant.

Les renseignements au sujet de la naissance

  • Demandez les antécédents pendant la grossesse et la période périnatale, y compris :
    • le poids et la taille du bébé à la naissance, si la famille les connaît.
    • l’âge gestationnel du bébé, si la famille le connaît.
    • les complications néonatales.

La consanguinité

  • La consanguinité est inhabituelle en Afrique subsaharienne, mais elle est plus fréquente dans les peuples des pays du Moyen-Orient et d’Asie occidentale comme le Pakistan. La consanguinité doit être envisagée si le patient présente un retard de développement, une dysmorphie ou des symptômes neurologiques, tels que des convulsions.

Les antécédents alimentaires, la croissance et le développement

  • Évaluez les antécédents alimentaires et le statut nutritionnel, qui constituent des fenêtres importantes sur la croissance et le développement :
    • Vérifiez les antécédents alimentaires et la sécurité alimentaire, avant et après l’immigration.
    • Demandez si l’enfant a déjà présenté un pica ou consommé du lait non pasteurisé.
    • Sachez que les réfugiés et les enfants issus de l’adoption internationale présentent des taux élevés de malnutrition et de carences en micronutriments.

Les antécédents de vaccination

Évaluez le statut de vaccination de l’enfant :

  • Examinez son dossier de vaccination, y compris le vaccin bacille Calmette-Guérin (BCG), s’il est disponible. N’oubliez pas que les dossiers de vaccination ne sont pas tous exacts et valides. N’acceptez que l’information provenant de sources fiables. Ne vous fiez pas uniquement aux antécédents.
  • Déterminez les vaccins systématiques et non systématiques nécessaires pour rattraper des retards ou administrer une toute nouvelle série d’injections. Dans cette ressource, vous en découvrirez davantage sur l’évaluation des antécédents vaccinaux et l’élaboration d’un calendrier de rattrapage.

Les maladies contractées

  • Informez-vous des maladies, des hospitalisations, des opérations, des accidents et des maladies tropicales (s’il y a lieu) déjà vécus, de même que des antécédents familiaux d’allergies.
  • Demandez si l’enfant a déjà eu des vers ou du sang dans ses selles.
  • Évaluez le risque de VIH et d’autres infections transmises sexuellement :
    • Cet enfant ou un parent a-t-il déjà subi une opération, reçu une transfusion sanguine ou des injections intramusculaires au moyen d’aiguilles réutilisées?
    • Un enfant plus âgé ou un adolescent est-il sexuellement actif?
    • Avez prudence, informez-vous de maladies précises, telles que le VIH ou la tuberculose. N’oubliez pas qu’un parent peut donner une réponse inexacte, de crainte de nuire aux soins de la famille ou à sa capacité de demeurer au Canada.

Les soins de santé obtenus

  • Informez-vous de ce que la famille a l’habitude de faire lorsque l’enfant est malade.
  • La famille a-t-elle consulté un médecin de son pays d’origine ou utilisé un traitement traditionnel?

Les médicaments

  • Informez-vous de l’utilisation courante ou passée de médicaments, y compris les antipaludiques et les antibiotiques, de même que des remèdes « naturels » et des produits en vente libre.

Les maladies courantes

Lorsqu’un enfant présente une maladie ou des symptômes donnés, demandez à la famille :

  • la description, la durée et la gravité des symptômes,
  • la prise en charge à jour des symptômes (qui peuvent inclure des traitements traditionnels),
  • la progression ou les modifications de ces symptômes au fil du temps,
  • les inquiétudes familiales particulières à l’égard de la maladie de l’enfant ou de maladies d’un autre membre de la famille.

L’examen des systèmes

  • L’examen des systèmes peut consister en un bilan des fonctions « de la tête aux pieds » pour déceler les symptômes qui n’ont pas encore été abordés.

Les adolescents

  • Il peut être pertinent de procéder à une entrevue HEADSS modifiée (acronyme anglais des termes maison, éducation ou emploi, activités, drogues ou alcool, relations sexuelles, tabagisme et suicide ou dépression), en étant conscient que la plupart des adolescents immigrants ou réfugiés n’ont pas vécu les mêmes expériences que les enfants nord-américains et ne répondent peut-être pas franchement en présence d’un parent ou d’un interprète.

L’évaluation des antécédents psychosociaux

Toutes les familles migrantes arrivent au Canada dans l’espoir d’une vie meilleure, mais elles ont quitté leur pays d’origine pour différentes raisons et empruntent des parcours fort différents. Les nouveaux arrivants peuvent avoir connu la violence, la famine, les privations physiques ou affectives, la violence et la dislocation culturelle suscitée par la guerre, les traumatismes, le décès prématurés de membres de la famille ou d’amis et la négligence. Les cliniciens devraient être à l’affût des problèmes de santé mentale, tels que :

Il est d’une extrême importance d’obtenir les antécédents psychosociaux, mais il est peut-être préférable d’attendre d’avoir noué une relation d’aise et de respect avec l’enfant et la famille. Lisez les questions particulières à poser aux familles de nouveaux arrivants lors de la prise des antécédents.

Évaluez le système d’entraide de chaque famille de nouveaux arrivants. Elle peut avoir besoin d’être aiguillée vers des organismes communautaires locaux, des établissements religieux ou d’autres groupes d’entraide. Il est souvent utile d’aiguiller la famille vers des services sociaux ou un travailleur social.

L’examen physique

Lorsque vous effectuez l’examen physique, prenez votre temps et posez des gestes doux. Même si l’enfant ne comprend pas, expliquez-lui ce que vous faites et conservez les parties de l’examen les moins agréables pour la fin. Les signes cliniques importants à évaluer pendant l’examen physique figurent ci-dessous.

L’évaluation générale

  • L’enfant a-t-il l’air en santé ou atteint d’une maladie aiguë ou chronique?
  • Quelle est l’attitude de l’enfant (p. ex., heureux, déprimé, anxieux, craintif)?
  • Amorcez l’évaluation du développement.
  • Recherchez les signes d’infections congénitales.

Les signes vitaux

  • Vérifiez la température, le pouls, la respiration, la tension artérielle.

La croissance et la nutrition

L’évaluation de la croissance et de l’état nutritionnel inclut les éléments suivants :

  • Taille, poids et IMC
  • Mesure et consignation de la circonférence crânienne, surtout si l’enfant a moins de deux ans
  • Mesure de la croissance au moyen d’une courbe de croissance standard (tout en se montrant prudent, puisqu’on ne connaît pas toujours l’âge véritable de l’enfant)
  • Évaluation nutritionnelle générale (signes de déshydratation, d’anémie, d’œdème, de distension abdominale, d’amyotrophie et de rachitisme, y compris l’œdème des poignets et des pieds)

La tête

  • Examinez la taille et la forme de la tête, les cheveux, le cuir chevelu, les lésions, les infections fongiques ou la présence de poux.

Les yeux

  • Les maladies oculaires et la perte de vision non diagnostiquées sont courantes chez les nouveaux immigrants et réfugiés de pays en développement. Évaluez l'acuité visuelle de tous les enfants immigrants et réfugiés après leur arrivée au Canada.1
  • Examinez les signes de strabisme, de conjonctivite, d’uvéite, de choriorétinite et les anomalies de la vision.

Les oreilles, le nez et la gorge

  • Recherchez les signes de lésions, d’otite moyenne purulente ou chronique, de candidose buccale, d’ulcères herpétiques, de polypes nasaux (évocatrices d’une fibrose kystique sous-jacente) et d’anomalies de l’ouïe.
  • Les enfants devraient faire vérifier leur audition avant de commencer à aller à l’école ou dès qu’on s’inquiète du développement de leur ouïe ou de leur langage. Les enfants plus âgés et les adolescents ont également besoin de subir une évaluation de leur audition s’ils présentent des troubles d’apprentissage.
  • En cas de doute quant à la capacité auditive de l’enfant, demandez une évaluation officielle de son audition.

Les dents

  • Effectuez une évaluation de la dentition, notamment à l’égard de l’hygiène dentaire et de la présence de caries.

Les ganglions lymphatiques

  • Examinez les signes de lymphadénopathie : les ganglions sont-ils sensibles ou indolores, mous, fermes ou durs?

Le cœur

  • Vérifiez la présence de cardiomégalie, les pouls (notamment les pouls fémoraux), la cyanose, l’hippocratisme digital, le rythme cardiaque, les bruits du cœur et les souffles cardiaques.

Les poumons

  • Recherchez les signes de difficultés respiratoires ou de dyspnée, l’hippocratisme digital, la crépitation ou les sifflements respiratoires.

L’abdomen

  • Vérifiez la présence de distension abdominale, d’ictère, de sensibilité, de défense musculaire, d’hépatosplénomégalie ou de masses.

L’examen génito-urinaire

  • Soyez particulièrement à l’écoute des enfants plus âgés, qui peuvent être gênés, avoir été éduqués à ne pas laisser quiconque les toucher ou avoir été victimes d’agressions.
  • Vérifiez si l’enfant désire la présence d’un parent ou de quelqu’un d’autre pendant l’examen. Dans certaines cultures, il est important de demander le consentement parental.
  • Vérifiez la classification de Tanner, s’il y a lieu.
  • Chez les garçons, faites un examen des testicules.
  • Vérifiez la présence d’écoulement urétral, d’ulcères génitaux, d’adénopathie inguinale, notamment chez les adolescents sexuellement actifs.
  • Vérifiez les signes de mutilation génitale féminine.

La grossesse

  • Vérifiez les signes de grossesse chez les adolescentes.
  • Prenez les dispositions pour que l’adolescente reçoive les soins prénatals pertinents, s’il y a lieu.

L’examen musculosquelettique

  • Recherchez les signes d’amyotrophie ou de faiblesse.
  • Vérifiez la colonne pour dépister une scoliose, un spina-bifida occulte (c.-à-d., une fossette ou une touffe de poils) ou une cyphose, de même que les pieds et les hanches.

L’examen neurologique

  • Vérifiez les signes neurologiques focaux, la circonférence crânienne (hydrocéphalie), les fontanelles (paralysie flasque et possibilité de polio), la force musculaire générale, le tonus, la corpulence, la coordination et les réflexes tendineux profonds.

Les lésions cutanées

  • Recherchez les ulcères, les zones d’hypopigmentation ou d’hyperpigmentation, l’impétigo, la gale, les ecchymoses, les nodules sous-cutanés ou d’autres éruptions.
  • Sachez que certaines marques ou cicatrices peuvent avoir une origine culturelle ou être causées par un traitement traditionnel. L’interprétation du foyer de la maladie par un guérisseur traditionnel peut inclure le « grattage » (une pièce de monnaie est frottée sur la peau et laisse des ecchymoses dans un dessin particulier), la scarification ou la cicatrisation à l’endroit de la douleur physique. Ces marques peuvent être confondues avec un signe de maltraitance.
  • Vérifiez la trace du vaccin bacille de Calmette-Guérin (BCG), qui peut être sur l’avant-bras, le deltoïde, le bras ou (parfois) la plante du pied ou la partie supérieure de l’omoplate.

Les tests de dépistage en laboratoire

Il faut demander des tests de laboratoire d’après les indications cliniques. Par exemple, lorsque la famille provient d’une région à forte prévalence d’un trouble présumé, que les antécédents familiaux sont positifs ou que l’enfant présente des signes cliniques évocateurs.

Jusqu’où faut-il pousser les tests de dépistage et les bilans diagnostiques?

Les avis sont partagés quant à l’étendue des tests de dépistage ou des bilans diagnostiques pour les enfants et les adolescents néo-canadiens, notamment s’ils n’ont pas de symptômes. Le pays d’origine et le trajet emprunté pour arriver au Canada, qui peut les rendre plus vulnérables à certaines maladies, font partie des principales considérations. Les familles en provenance de pays dont les services médicaux et les pratiques culturelles sont semblables à celle du Canada n’ont peut-être pas besoin d’une approche étendue, surtout si on n’observe pas de problèmes cliniques. Plusieurs organisations fournissent de l’information à jour en matière de santé, par région ou par pays. Une liste d’hyperliens est proposée dans le présent guide.

Les tests de dépistage en laboratoire potentiels chez un enfant ou un adolescent néo-canadien

L’hématologie

  • Formule sanguine comportant une formule leucocytaire avec différentielle (une numération éosinophilique élevée peut être indicatrice de maladies parasitaires)
  • Dosage de ferritine ou bilan ferrique
  • Préparation de drépanocytose
  • Électrophorèse de l’hémoglobine si le dépistage de la drépanocytose est positif ou une alpha-thalassémie ou une bêta-thalassémie est présumée
  • Dépistage du déficit en G6DP (glucose-6-phosphate déshydrogénase) si l’enfant est originaire d’Afrique, de Chine, d’Asie ou de la Méditerranée

Les maladies infectieuses

  • Frottis de paludisme
  • Hépatite : sérologie de l’hépatite A, antigène de surface et anticorps de l’hépatite B, anticorps de l’hépatite C
  • Test de dépistage du VIH chez les patients provenant de régions endémiques, après des conseils thérapeutiques et l’obtention d’un consentement éclairé
  • Analyse des selles : Coproculture, sensibilité et dépistage d’œufs et de parasites. En cas de présomption clinique de parasites intestinaux et en présence de diarrhée ou de douleurs abdominales, il faudra peut-être effectuer trois analyses de selles pour dépister les œufs et les parasites.
  • Sérologie de la syphilis (p. ex., test venereal disease research laboratory [VDRL] ou test rapide de la réagine plasmatique [RPR]), si la situation le justifie. Ce test est exigé par la loi chez tous les immigrants de 15 ans ou plus et chez les enfants plus jeunes lorsqu’on présume des activités sexuelles, une agression sexuelle ou une syphilis congénitale
  • Sérologie de la schistosomiase et de la strongyloïdiose, selon le pays d’origine
  • Test cutané pour dépister la tuberculose (p. ex., test de Mantoux), recommandé auprès de tous les enfants de régions endémiques, quels que soient leurs antécédents de vaccination BCG
  • Radiographie pulmonaire, si la situation clinique le justifie. Elle est exigée auprès de tous les immigrants de 11 ans ou plus avant leur immigration

Les examens biochimiques

  • Examen des urines (bandelette réactive) : glycosurie, protéinurie, hématurie
  • Dosage de ferritine ou bilan ferrique
  • Fonction thyroïdienne : thyréostimuline (TSH), thyroxine (T4)
  • Enzymes hépatiques : alanine transaminase (ALT), aspartate transaminase (AST), phosphatase alcaline (PhoA)
  • Dosage sérique de créatinine et d’urée
  • Dosage sérique du plomb (Pb).

Quand demander des tests de laboratoire pour les enfants et adolescents néo-canadiens?

En général, la plupart des centres effectueront ou prévoiront des tests diagnostiques au premier rendez-vous, surtout si les résultats des tests peuvent influer sur les traitements ou la prise en charge éventuels. Les dispensateurs de soins ne devraient pas seulement adapter le type, mais également le moment des tests de laboratoire. Lorsque les enfants sont asymptomatiques et ne posent pas de danger pour la santé publique, certains tests peuvent être demandés plus tard, une fois que la famille s’est adaptée à son nouvel environnement, qu’elle a reçu des conseils thérapeutiques et qu’une relation est nouée.

Il faut prendre plusieurs facteurs psychosociaux en considération. Les enfants néo-canadiens, comme les autres enfants, peuvent craindre les injections et les nouvelles expériences. Si les résultats des tests n’ont pas de conséquences immédiates, on peut envisager de reporter les tests au deuxième ou troisième rendez-vous. Il est toutefois préférable d’effectuer toutes les analyses sanguines au même moment, pour éviter de multiples ponctions. Vous trouverez plus d’information dans le présent site Web au sujet de problèmes de santé que les analyses de sang peuvent évoquer, tels que la malnutrition, les hémoglobinopathies et les maladies infectieuses.

Au deuxième rendez-vous

Le deuxième rendez-vous d’un jeune nouvel arrivant et de sa famille peut avoir lieu dès deux à sept jours après le premier, selon la nécessité de lire le test de Mantoux pour dépister la tuberculose au bout de 48 heures ou de 72 heures.

Lors de ce deuxième rendez-vous, tentez de terminer les antécédents, l’examen physique et les autres examens, et attardez-vous surtout sur les éléments suivants :

  • L’évaluation du développement : Si c’est nécessaire, il faut étaler cette évaluation sur plusieurs visites, afin de permettre à l’enfant de s’habituer à vous et à son nouvel environnement.
  • Les problèmes de comportement et les problèmes psychologiques : Déterminez si l’enfant présente des problèmes de comportement ou des problèmes psychologiques, tant par le passé que maintenant, et comment il s’adapte à l’immigration.
  • La tuberculose : Les résultats du test cutané à la tuberculine (TCT, test de Mantoux) doivent être lus et consignés. S’ils sont positifs, il faut demander une radiographie pulmonaire. Si les résultats de TCT, de la radiographie pulmonaire ou des deux examens sont positifs, il faut prévoir un aiguillage vers un pneumologue ou un spécialiste en infectiologie pour amorcer une prophylaxie contre la tuberculose et un suivi.
  • Les analyses des selles : Si vous les demandez au premier rendez-vous, envoyez-les au laboratoire de microbiologie en vue des cultures bactériennes et du dépistage d’œufs et de parasites.

À la deuxième visite, la famille de nouveaux arrivants comprendra peut-être déjà mieux le système de santé canadien et aura peut-être plus de questions à poser. Cependant, en général, les nouveaux immigrants et réfugiés n’ont pas tendance à contester les figures d’autorité et ne posent pas beaucoup de questions.

Les rendez-vous de suivi

Idéalement, le troisième rendez-vous devrait avoir lieu environ un mois après le premier. Il peut inclure les éléments suivants :

  • Évaluation plus approfondie du développement
  • Problèmes médicaux liés à l’ethnie ou à la génétique
  • Analyse plus approfondie des problèmes de santé mentale
  • Conseils préventifs continus sur l’alimentation, l’éducation, la prévention des blessures, la scolarité, l’apprentissage de la langue, les aspects culturels et sociaux
  • Aiguillage vers des organismes communautaires locaux et les services sociaux, s’il y a lieu
  • Aiguillage vers un dentiste

Après un dépistage et un bilan approfondis, les cliniciens peuvent découvrir des maladies ou problèmes médicaux non décelés auparavant, qui exigeront un suivi étroit ou un aiguillage vers un spécialiste. Cependant, de nombreux jeunes nouveaux arrivants sont en bonne santé et n’ont pas besoin d’un suivi prolongé. Le nombre et le moment des rendez-vous subséquents dépendront donc des besoins de chacun.

Lors des rendez-vous de suivi, les cliniciens peuvent être appelés à :

  • répondre à d’autres questions de la part de la famille,
  • s’assurer de l’exécution de la première série de vaccins et des vaccins de rappel,
  • vérifier l’observance de la pharmacothérapie ou des traitements prescrits,
  • surveiller la croissance et le développement de l’enfant,
  • diagnostiquer les enfants ayant des problèmes scolaires ou les familles vivant un stress psychosocial et défendre leurs intérêts,
  • prévoir les consultations nécessaires à l’égard des problèmes déterminés.

Jusqu’où les cliniciens devraient-ils donner des conseils préventifs et thérapeutiques?

Pendant un rendez-vous, soyez ouvert à donner des conseils sur la promotion de la santé, les milieux de garde et les conseils préventifs. Donnez des conseils pertinents, au besoin, sur les facteurs suivants :

  • Le climat canadien, les vêtements convenables, les soins cutanés, la prévention des engelures, etc.
  • Les besoins nutritionnels et l’allaitement des bébés, selon le cas.
  • L’alimentation, le choix des aliments et la préparation de repas équilibrés d’après le Guide alimentaire canadien, compte tenu des habitudes alimentaires culturelles de la famille. Le Guide alimentaire canadien est offert en de nombreuses langues (français, anglais, arabe, chinois, coréen, espagnol, farsi, ourdou, pendjabi, russe, tagalog, tamoul). Commandez-les ou téléchargez-les gratuitement à partir du site de Santé Canada.
  • L’éducation des enfants d’âge scolaire, surtout lorsqu’il faut procéder à des évaluations supplémentaires pour les inscrire dans les bons programmes.
  • La prévention des blessures et l’utilisation obligatoire des ceintures de sécurité et des sièges d’auto au Canada.
  • La discipline des enfants, notamment ce qui est considéré comme acceptable – et inacceptable – au Canada.
  • Les projets de voyage pour rendre visite aux amis et à la parenté à l’étranger. Les enfants d’immigrants qui voyagent pour revoir leurs amis et leur parenté sont vulnérables aux maladies des voyageurs.

Consultez le site Soins de nos enfants pour télécharger et imprimer des fiches d’information pour les parents portant sur toute une série de sujets liés à la promotion de la santé.

Les aiguillages vers des organismes communautaires

Lors des rendez-vous de suivi, vérifiez le bien-être psychologique et l’adaptation continue de l’enfant et de la famille à la vie au Canada. Régulièrement, vérifiez les éléments suivants :

  • Si le logement est convenable
  • Si la famille a accès à toute l’aide financière pertinente et accessible, telle que les allocations aux enfants et les allocations d’invalidité
  • Si elle a fait une demande d’assurance-maladie provinciale ou territoriale
  • Si elle apprend le français ou l’anglais
  • Si les enfants éprouvent des problèmes scolaires
  • Si elle éprouve des stress psychologiques, notamment des manifestations de syndrome de stress post-traumatique ou de dépression

Envisagez de vous associer à des organismes communautaires et à y aiguiller vos patients lorsqu’un soutien continu s’impose pour renforcer les conseils thérapeutiques. Si c’est nécessaire, assurez-vous que la famille profite d’une évaluation continue en service social à cet égard et pour aborder d’autres problèmes sociaux. Il est important de connaître les organismes et les services de votre région, tant généraux que ciblés.

Quelques ressources

Webinaires (offerts en anglais seulement) :

Références

  1. Pottie K, Greenaway C, Feightner J et coll. Evidence-based clinical guidelines for immigrants and refugees. CMAJ 2011;183(12):E824-925.

Autres ouvrages consultés

  • DuPlessis HM, Cora-Bramble D, American Academy of Pediatrics, comité des services de santé communautaire. Providing care for immigrant, homeless, and migrant children. Pediatrics 2005;115(4):1095-100.
  • Beiser M. The health of immigrants and refugees in Canada. Can J Public Health 2005;96(Suppl 2):S30‑44.
  • DesMeules M, Gold J, Kazanjian A et coll. New approaches to immigrant health assessment. Can J Public Health 2004;95(3):122-6.
  • Juckett G. Cross-cultural medicine. Am Fam Physician 2005;72(11):2267-74.
  • McDonald JT, Kennedy S. Insights into the ‘healthy immigrant effect’: Health status and health service use of immigrants to Canada. Social Sci Med 2004;59:1613-27.
  • Stauffer WM, Maroushek S, Kamat D. Medical screening of immigrant children. Clin Pediatr (Phila) 2003;42(9):763-73.
  • Walker P, Barnett E, éd. Immigrant Medicine. Philadelphie, PA: Elsevier Press, 2007.

Éditeurs scientifiques

  • Robert Hilliard, MD

Mise à jour : mai 2016

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