Guide pour les professionnels de la santé œuvrant
auprès des familles immigrantes et réfugiées

La prévention des blessures

Faits saillants

  • Les blessures des enfants et des adolescents représentent un problème de santé publique important, mais les données sur la prévalence de blessures chez les jeunes nouveaux arrivants au Canada sont limitées.
  • Les blessures des enfants sont fortement liées aux déterminants sociaux de la santé.
  • La plupart des blessures dont sont victimes les enfants peuvent être évitées. Au Canada, la suffocation (chez les bébés de moins d’un an) et les collisions d’automobile (chez les enfants et les adolescents de un à 24 ans) sont les principales causes de décès découlant de blessures non intentionnelles.
  • Il est essentiel de déterminer les facteurs de risque, les obstacles et les incitations associés aux blessures non intentionnelles pour élaborer des stratégies préventives efficaces.

Tout enfant a droit à un environnement sécuritaire et à la protection contre les blessures et la violence.

- Convention des NU
relative aux droits de l’enfant

Les blessures des enfants représentent un grave problème de santé publique dans le monde. On estime que 2 000 enfants et adolescents meurent de blessures chaque jour,1 et beaucoup d’autres doivent être hospitalisés ou subissent des incapacités permanentes.2 Au Canada, les blessures représentent la principale cause de décès chez les enfants, les adolescents et les adultes de 44 ans et moins.2 Dans toutes les catégories de blessures non intentionnelles, les garçons meurent plus souvent que les filles, à l’exception des brûlures causées par le feu.1

Le fardeau des blessures au sein de la population d’immigrants et de réfugiés

Peu de données portent sur la prévalence des blessures chez les jeunes nouveaux arrivants au Canada. Selon certaines recherches, le risque de blessure est moins élevé chez les enfants immigrants, mais on n’en connaît pas vraiment les raisons. Il semble qu’une intégration culturelle incomplète contribue à protéger les enfants des risques de blessures.3

D’après des données internationales, le taux de blessures par brûlure chez les enfants immigrants serait plus élevé que celui de la population générale :

  • Une étude danoise a révélé que les enfants d’origine non occidentale présentaient une occurrence plus élevée de brûlures par de l’eau, de l’huile et du thé très chauds, de même que par des fers à repasser et des feux d’artifice.4
  • Une étude suédoise a établi que les enfants d’une mère née dans un pays non occidental étaient plus susceptibles d’être hospitalisés à cause d’une brûlure causée par un liquide chaud, mais risquaient moins de l’être en raison d’une chute ou d’un empoisonnement non attribuable à un médicament.5
  • Une étude menée aux États-Unis sur les hospitalisations attribuables à une brûlure chez les enfants de 0 à 5 ans a établi que 63 % des brûlures causées par un liquide chaud s’observaient chez des enfants d’origine hispanique. La majorité de leurs familles vivaient au seuil ou sous le seuil de la pauvreté, dans des quartiers à forte proportion d’immigrants du Mexique.6

Les blessures et les déterminants sociaux de la santé

Certaines conditions sont propices aux blessures chez les enfants, y compris leur âge ou leur étape de développement, leur sexe et particulièrement la pauvreté et l’environnement.1 Les études révèlent un risque plus élevé de blessures causées par des brûlures chez les personnes en situation de précarité économique ou de vie stressante.6 Les récents immigrants risquent davantage de faire partie de la classe des travailleurs pauvres que les Canadiens d’origine.7

D’autres facteurs peuvent accroître le risque de blessure chez un enfant :

  • Les antécédents culturels
  • L’âge et l’instruction de la mère
  • Les difficultés financières
  • Les conditions de logement
  • Le logement surpeuplé
  • L’absence de supervision
  • Des précautions de sécurité insuffisantes
  • La méconnaissance du climat canadien
  • La méconnaissance des lois canadiennes en matière de sécurité et des avantages qui s’y rapportent (p. ex., sièges d’appoint)

Malgré l’association claire entre les facteurs socioéconomiques et les risques de blessures pendant l’enfance,8 il n’existe toujours pas de mesures de prévention axées sur les enfants en situation de précarité économique.

Les causes de blessures chez les enfants et adolescents nouveaux arrivants

Même si les causes de blessures sur les jeunes nouveaux arrivants au Canada sont mal étayées, les données mondiales et canadiennes en donnent un certain aperçu. Dans le monde, les principales causes de décès attribuables à des blessures sont les accidents de la route, les noyades, les brûlures, les chutes et les empoisonnements (chez les enfants et les adolescents de un à 20 ans).1

Au tableau 1 figurent les principales causes de blessures chez tous les enfants canadiens, par groupe d’âge.

Tableau 1 : Les principales causes de décès découlant de blessures non intentionnelles au Canada en 2007

 

1re cause

2e cause

3e cause

Moins d’1 an

Entrave à la respiration (54 %)

Collision d’automobile (18 %)

Noyade (15 %)

De 1 à 4 ans

Collision d’automobile (22 %)

Noyade (21 %)

Entrave à la respiration (19 %)

De 5 à 9 ans

Collision d’automobile (58 %)

Noyade, chute, incendie ou flammes (6 %)

Entrave à la respiration (5 %)

De 10 à 14 ans

Collision d’automobile (55 %)

Noyade (13 %)

Chute (7 %)

De 15 à 19 ans

Collision d’automobile (71 %)

Empoisonnement (7 %)

Noyade (6 %)

Source : Société canadienne de pédiatrie, comité de prévention des blessures, 2012. La prévention des blessures chez les enfants et les adolescents : une démarche de santé publique. D’après une analyse des données relatives à la mortalité obtenues auprès de Statistique Canada, effectuée par l’Agence de la santé publique du Canada (non publiée).

 

Une blessure évitable

Une nouvelle arrivante mère de cinq enfants doit travailler le soir. Elle laisse sa fille aînée, qui a 11 ans, en charge de ses quatre enfants plus jeunes.

Pendant que sa fille prépare le souper sur un petit barbecue dans la cuisine, son frère de deux ans renverse une casserole de soupe chaude sur elle et la brûle gravement.

Points d’apprentissage

  • Cette blessure aurait pu être évitée si on avait aidé cette famille de nouveaux arrivants à obtenir du soutien communautaire et des gardiennes d’un âge convenable.
  • Les brûlures sont les seules blessures dont les filles sont davantage victimes que les garçons.
  • Les brûlures par un liquide chaud se produisent souvent dans la cuisine, lorsque les enfants renversent une substance chaude, ou dans la salle de bain, lorsque l’eau du robinet est trop chaude.
  • Les médecins devraient s’informer des dangers suivants auprès des familles de nouveaux arrivants et leur donner des conseils à cet égard :
  • Les incendies et les brûlures causées par une unité de chauffage d’appoint à cause d’un chauffage insuffisant de la maison.
  • L’empoisonnement par le monoxyde de carbone à cause de l’utilisation de charbon de bois à l’intérieur.
  • Les brûlures parce que le chauffe-eau est trop chaud. À la maison, le réglage maximal sécuritaire est de 49 °C (120 °F).

Ce que les professionnels de la santé peuvent faire

Inclure la prévention des blessures dans leur pratique

Pour contribuer à prévenir les blessures chez les jeunes Canadiens, les professionnels de la santé doivent connaître les facteurs qui rendent les enfants plus vulnérables et les stratégies protectrices pour qu’ils soient davantage en sécurité.

La Société canadienne de pédiatrie (SCP) recommande que les professionnels de la santé incluent des messages de prévention des blessures dans leur pratique.2 Il est particulièrement important de donner des conseils aux nouveaux arrivants sur les mesures préventives, parce qu’ils ne connaissent peut-être pas la réglementation canadienne en matière de sécurité ou les avantages de les respecter. Les règlements et les attitudes diffèrent peut-être de ceux de leur pays d’origine. Par exemple, il est important de souligner que l’utilisation des sièges d’auto et des sièges d’appoint est obligatoire presque partout au Canada (même si les lois peuvent varier).

Les praticiens devraient informer les familles d’immigrants et de réfugiés de l’importance des mesures préventives, telles que les suivantes :

  • Utiliser un siège d’auto, un dispositif de retenue pour enfant et la ceinture de sécurité en voiture.
  • Porter un casque de motocyclette et un casque de vélo.
  • Porter un vêtement de flottaison individuel.
  • Adopter des mesures de sécurité à la maison (p. ex., détecteur d’incendie, extincteurs et entreposage sécuritaire des substances toxiques).

Les relevés suivants orientent les professionnels de la santé sur les conseils à donner en matière de prévention des blessures auprès de la population pédiatrique :

De nombreux nouveaux arrivants préféreraient recevoir des directives de prévention adaptées à leur culture dans leur langue maternelle, par petits groupes, par l’entremise d’organismes communautaires établis.Il faudrait favoriser l’inclusion de sujets liés à la prévention des blessures dans les cours prénatals et les cours de santé communautaires.

Distribuer de la documentation aux parents et aux personnes qui s’occupent des enfants

Comprendre les problèmes propres aux nouveaux arrivants

Les cliniciens doivent connaître les problèmes particuliers que les nouveaux arrivants peuvent affronter lorsqu’ils essaient de mettre les conseils de prévention des blessures en pratique. Par exemple :11

  • Le fait de vivre dans un logement loué ou de partager une maison avec la famille élargie, ce qui peut rendre les modifications à apporter pour des raisons de sécurité difficiles, sinon impossibles, à mettre en œuvre
  • L’accès limité à des espaces de jeu ou à des espaces communautaires à l’extérieur
  • Le coût lié à l’installation de matériel de sécurité ou à l’exécution de réparations (p. ex., l’installation de détecteurs de fumée)
  • L’isolement social et l’absence de famille ou d’amis pour garder les enfants
  • Les différences entre les normes de sécurité du pays d’adoption et celles du pays d’origine
  • Le manque de confiance envers les autorités et les inquiétudes à l’égard d’accusations de négligence, qui peuvent empêcher les parents de s’informer des règles de prévention des blessures ou de demander de l’aide médicale en cas de blessures non intentionnelles
  • La barrière de la langue
Tableau 2 : Sommaire des incitations et des obstacles potentiels à la réduction des blessures à la maison

Niveau d’intervention

Incitations

Obstacles

Individuel

  • Enseignement sur le développement de l’enfant
  • Recours aux efforts de protection continus de la part des parents
  • Apprentissage bidirectionnel des attentes culturelles de bonnes pratiques parentales
  • Établissement de la confiance envers les autorités par l’éducation des camarades
  • Enseignement des mesures de sécurité aux enfants
  • Isolement social
  • Crainte d’accusations de violence ou de négligence
  • Mauvaise relation avec le conjoint ou le preneur de décision du ménage
  • Obstacle de la langue

Physique et environnemental

  • Distribution de matériel durable et facile d’entretien
  • Soutien continu quant à l’utilisation du matériel de sécurité
  • Manque de confiance envers les autorités
  • Peur des motifs des étrangers
  • Coûts perçus

Externe et organisationnel

  • Lois solides en matière de sécurité
  • Liens entre les divers dispensateurs de services
  • Formation de membres de la collectivité à effectuer les interventions
  • Information et conseils adaptés à la culture
  • Moteurs politiques et remise de ressources pour en assurer le respect et l’adhésion
  • Logement avec des membres de la parenté ou absence de contrôle au domicile
  • Logement de mauvaise qualité
  • Absence d’information ou information fournie au mauvais moment
Source : Traduit et adapté avec l’autorisation de BMJ Group Limited. Smithson J, Garside R, Pearson M. Barriers to, and facilitators of, the prevention of unintentional injury in children in the home: A systematic review and synthesis of qualitative research. Inj Prev 2011;17(2):123.

 

Une approche diversifiée de la prévention des blessures

La stratégie la plus efficace pour prévenir les blessures intègre des facettes de santé publique (telles que l’éducation), d’amélioration et de mise en vigueur des lois ainsi que d’amélioration de la conception.2

De nombreuses données appuient l’adoption d’une approche nationale diversifiée de la prévention des blessures au Canada :

  • Un sondage du Programme canadien de surveillance pédiatrique a révélé que les poussettes, les couchettes et les marchettes causent encore de graves blessures (p. ex., commotions et fractures), même si les marchettes sont interdites au Canada depuis 2004.12
  • Une étude de deux ans en population a démonté que 25 % des enfants canadiens impliqués dans un accident de la route qui ont souffert du syndrome de la ceinture de sécurité (c.-à-d. des blessures aux viscères intestinales et à la colonne lombaire) deviennent paraplégiques.13

La majorité des blessures dont sont victimes les enfants et les adolescents sont évitables.2 Les pays où le taux et la gravité des blessures subies pendant l’enfance diminuent le plus font appel à un ensemble de démarches de prévention.

Quelques ressources

Références

  1. OMS-UNICEF. Rapport mondial sur la prévention des traumatismes chez l’enfant. Genève, Suisse: OMS, 2008:iii.
  2. Société canadienne de pédiatrie, comité de prévention des blessures. La prévention des blessures chez les enfants et les adolescents : une démarche de santé publique. Paediatr Child Health 2012;17(9):512.
  3. Schwebel DC, Brezausek CM. Language acculturation and pediatric injury risk. J Immigr Minor Health 2009;11(3):168-73.
  4. Laursen B, Møller H. Unintentional injuries in children of Danish and foreign-born mothers. Scand J Public Health 2009;37(6):577-83.
  5. Hjern A, Ringbäck-Weitoft G, Andersson R. Socio-demographic risk factors for home-type injuries in Swedish infants and toddlers. Acta Paediatr 2001;90(1):61868.
  6. Rimmer RB, Weigand S, Foster KN et coll. Scald burns in young children – a review of Arizona burn center pediatric patients and a proposal for prevention in the Hispanic community. J Burn Care Res.2008 Jul-Aug;29(4):595-605. doi: 10.1097/BCR.0b013e31817db8a4
  7. Fleury D, Ressources humaines et Développement social Canada. Étude de la pauvreté et de la pauvreté au travail chez les immigrants récents au Canada : Rapport final, 2007.
  8. Faelker T, Pickett W, Brison RJ. Socioeconomic differences in childhood injury: A population-based epidemiologic study in Ontario Canada. Inj Prev 2000;6(3):203-8.
  9. Rourke L, Leduc D, Rourke J, Constantin E. Health supervision from 0 to 5 years using the Rourke Baby Record 2006. Paediatrics and Child Health 2006;11(8): 487-8.
  10. Greig A, Constantin E, Carsley S, Cummings C. Preventive health care visits for children and adolescents aged 6 to 17 years: The Greig Health Record – Technical Report. Paediatr Child Health 2010;15:157-9.
  11. Smithson J, Garside R, Pearson M. Barriers to, and facilitators of, the prevention of unintentional injury in children in the home: a systematic review and synthesis of qualitative research. Inj Prev 2011;17(2): 119-26.
  12. Skinner R, Ugnat A-M. Programme canadien de surveillance pédiatrique. Résultats de sondage ponctuel : Les blessures causées par des produits pour bébé. Février 2010.
  13. Santschi M, Lemoine C, Cyr C. The spectrum of seat belt syndrome among Canadian children: Results of a two-year population surveillance. Paediatr Child Health 2008;13(4):279-83. 

Éditeurs scientifiques

  • Danielle Grenier, MD

Mise à jour : juin 2014

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