Guide pour les professionnels de la santé œuvrant
auprès des familles immigrantes et réfugiées

L’adoption internationale : l’évaluation de santé de l’enfant adopté à l’étranger

Faits saillants

  • Toutes les adoptions internationales sont des adoptions d’enfants « ayant des besoins particuliers ».
  • Puisque les enfants adoptés à l’étranger proviennent de pays où diverses infections sont endémiques, tous les enfants adoptés doivent être soumis au dépistage.
  • Les enfants adoptés à l’étranger sont susceptibles d’être malnutris et devraient donc également recevoir une évaluation nutritionnelle.
  • La plupart des enfants adoptés à l’étranger rattrapent rapidement leur retard de croissance une fois au Canada et récupèrent leurs retards de motricité globale.
  • Il faut souvent apporter un soutien particulier aux enfants adoptés pour soigner leurs troubles de traitement sensoriel et les aider à développer leur motricité fine et à acquérir leur nouvelle langue. Les professionnels de la santé devront peut-être assurer une évaluation, une surveillance et une intervention soutenues pour optimiser le développement global de l’enfant.
  • Les enfants adoptés à l’étranger sont vulnérables aux troubles d’apprentissage.
  • Les enfants adoptés à l’étranger ont tous vécu des traumatismes et souffrent de perturbations de l’attachement. Ces perturbations peuvent être légères ou graves et se manifester à court ou à long terme. Les professionnels de la santé devraient être en mesure de dépister et de reconnaître les signes de traumatisme et de perturbation de l’attachement, d’assurer un soutien et d’orienter les enfants vers les ressources appropriées.

Introduction

Les enfants adoptés à l’étranger qui viennent d’arriver au Canada ont des ennuis et des besoins uniques et des problèmes de santé souvent complexes. Dans bien des cas, ils arrivent sans antécédents prénatals, de naissance ou familiaux connus, et on ne connaît pas leur véritable date de naissance. On ne connaît pas leur « histoire de vie », y compris les expériences qu’ils ont vécues avant et pendant leur séjour en orphelinat ou en foyer d’accueil. Leur trajectoire peut inclure un stress fœtal, un début de vie difficile, des traumatismes, une malnutrition, des maladies récurrentes et une hospitalisation. Tous les enfants adoptés à l’étranger ont connu l’abandon et probablement de multiples ruptures avec une figure d’attachement. Certains enfants auront été victimes de traumatisme psychologique ou de sévices physiques, sexuels ou affectifs. Ils peuvent avoir été témoins de violence, particulièrement s’ils arrivent de zones de guerre. Les facteurs de risque potentiels que courent ces enfants sont également abordés dans le module intitulé La préparation à l’adoption.

La moitié des enfants adoptés à l’étranger souffrent d’une maladie aiguë dans le mois suivant leur arrivée dans leur nouveau foyer. Chez environ 80 % des enfants atteints d’au moins un problème médical, le nouveau diagnostic est évoqué par des tests de dépistage, mais n’était pas ressorti dans les antécédents antérieurs ou les examens physiques.1,2 Des maladies infectieuses rarement observées au Canada sont souvent endémiques dans leur pays d’origine.

Les familles peuvent choisir d’adopter un enfant ayant une incapacité physique ou intellectuelle. Les médecins devront se sensibiliser eux-mêmes et sensibiliser les familles aux incapacités qui peuvent être représentatives d’anomalies congénitales ou de malformations encore non établies ou d’un syndrome génétique connexe.

En raison de multiples facteurs de risque, toutes les adoptions internationales sont des adoptions d’enfants « ayant des besoins particuliers ». En général, on peut traiter les infections et la malnutrition avec rapidité et efficacité, même si la malnutrition peut avoir des effets à plus long terme (p. ex., les troubles cognitifs et comportementaux comme le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité [TDAH] ou les troubles d’apprentissage). Les parents adoptifs devront soutenir leurs enfants pour qu’ils affrontent leurs traumatismes psychologiques, leurs perturbations d’attachement et leurs troubles d’apprentissage, leur offrir un soutien ciblé et leur donner le temps de voir leur état évoluer.

L’évaluation et le dépistage

Dans la mesure du possible, les enfants adoptés à l’étranger devraient être dirigés vers une clinique d’adoption internationale ou vers un médecin compétent dans ce domaine. Il faudrait prévoir leur premier rendez-vous de deux à quatre semaines après leur arrivée et conseiller aux parents d’appeler plus tôt si leur enfant démontre des signes d’infection ou de détresse physique ou affective.

Les éléments essentiels de l’évaluation initiale

  • Analyser les documents provenant de la période précédant l’adoption et les dossiers de vaccination.
  • Obtenir l’anamnèse : détailler au dossier l’adoption, la transition, les voyages et les premières expériences à la maison.
  • Effectuer un examen physique.
  • Effectuer des tests de dépistage.
    • Tests de laboratoire
    • Tests audiologiques, dentaires, visuels
    • Tests de développement
    • Tests de comportement

Analyser les documents provenant de la période précédant l’adoption et les dossiers de vaccination

  • Le clinicien devrait analyser l’ensemble de l’information et des documents justificatifs remis aux parents adoptifs au point d’adoption, lesquels peuvent (ou non) inclure les récents paramètres de croissance, une description des maladies ou des hospitalisations, ainsi que les dossiers de vaccinations. Dans certains cas, les enfants adoptés à l’étranger arrivent pratiquement sans documentation. Il arrive que des dossiers contenant les habitudes quotidiennes, des photos et le nom des personnes qui se sont occupées de l’enfant soient fournis.
  • Les cliniciens devraient analyser attentivement les dossiers de vaccination, s’ils sont disponibles. Ils doivent se rappeler que le dossier de vaccination d’un enfant qui vient d’arriver au Canada n’est peut-être pas fiable et ne correspond peut-être pas aux calendriers canadiens.2 Pour en savoir plus, voir le module intitulé La vaccination : la mise à jour de l’immunisation des enfants néo-canadiens.
  • Les dispensateurs de soins devraient également s’assurer que toutes les personnes qui s’occupent de l’enfant et tous les membres de leur famille sont entièrement vaccinés avant de se rendre dans le pays d’origine de l’enfant. Pour en savoir plus, voir le module intitulé L’adoption internationale : aider les parents à se préparer au voyage.
  • Toute personne qui rend visite à la famille dans les 60 jours suivant l’arrivée de l’enfant au Canada devrait s’être fait vacciner contre l’hépatite A.

L’American Academy of Pediatrics a produit une liste détaillée, en anglais, des aspects à évaluer pendant l’anamnèse d’un enfant adopté à l’étranger.3

Obtenir l’anamnèse : détailler au dossier l’adoption, la transition, les voyages et les premières expériences à la maison

Envisagez de poser les questions suivantes aux parents adoptifs :

  • La famille a-t-elle voyagé pour rencontrer l’enfant? Les deux parents ont-ils effectué le voyage? D’autres enfants les ont-ils accompagnés?
  • Comment l’enfant a-t-il fait la transition vers les soins aux parents (p. ex., y a-t-il été préparé ou s’agissait-il d’un transfert de soins immédiat)?
  • Combien de temps sont-ils demeurés dans le pays d’origine de l’enfant? Combien ont-ils fait de visites et de voyages?
  • Comment s’est passée la première rencontre avec l’enfant? Comment se sont passés les trois premiers jours, la première semaine?
  • Les parents ont-ils rencontré certaines personnes qui s’occupaient de l’enfant ou des membres de sa famille biologique?
  • L’enfant était-il malade? Des membres de la famille sont-ils tombés malades pendant le voyage?
  • Comment se porte l’enfant depuis qu’il est dans son foyer adoptif?
  • L’enfant adopte-t-il des comportements qui inquiètent les parents?
  • Combien de personnes s’occupent de l’enfant à la maison? Les parents prennent-ils congé de leur travail? Si c’est le cas, combien de temps?
  • L’enfant a-t-il des frères et sœurs à la maison? Ont-ils été adoptés?
  • L’enfant dort-il bien? S’adapte-t-il au changement de fuseau horaire? Comment est-il installé pour dormir?
  • L’enfant présente-t-il des comportements d’autostimulation?
  • L’enfant mange-t-il bien? Apprend-il à mâcher? Fait-il des réserves de nourriture?

Effectuer un examen physique

Il faut du temps, des soins et de la patience pour établir un lien avec un enfant qui vient d’être adopté. Pour contrer la barrière de la langue, on peut demander l’aide d’un interprète auprès des enfants plus âgés. Il faudra peut-être reporter l’examen des organes génitaux à une visite subséquente. Si l’enfant semble très apeuré ou très réticent, il faut présumer des antécédents de sévices sexuels ou de mutilation.

Effectuer des tests de dépistage

Parfois, les enfants sont porteurs d’une grave infection, mais ne manifestent pas de symptômes. Par exemple, un enfant atteint d’hépatite A ne fera peut-être pas de jaunisse, mais aura des symptômes analogues à ceux de la grippe ou n’aura pas du tout de symptômes, mais sera tout de même très contagieux.4 Des cas d’enfants adoptés à l’étranger qui ont transmis une infection à leur famille adoptive sont recensés pour l’hépatite A, l’hépatite B, la tuberculose et la rougeole. Il est essentiel que tous les membres de la famille immédiate et les personnes susceptibles de s’occuper de l’enfant reçoivent les vaccins pertinents avant son arrivée. Toute personne qui rend visite à la famille dans les 60 jours suivant l’arrivée de l’enfant au Canada devrait s’être fait vacciner contre l’hépatite A.

L’enfant adopté qui vient d’arriver au pays peut sembler en bonne santé. Cependant, jusqu’à 50 % des enfants adoptés à l’étranger ont un problème de santé, dont environ 80 % seront seulement diagnostiqués par dépistage. Ils devraient tous subir au moins les tests énumérés ci-dessous.

Tests de laboratoire

  • Hémogramme
  • Électrophorèse de l’hémoglobine (tout enfant ayant une anémie microcytaire ou courant un risque de drépanocytose)
  • G6PD (particulièrement s’il vient d’Asie ou d’Afrique)
  • TSH
  • Créatinine
  • Transaminase glutamique-oxalo-acétique, calcium, phosphate, phosphatases alcalines
  • Sodium, potassium, glucose
  • Carence en vitamine D
  • Plombémie (découvrez-en davantage sur le dépistage du saturnisme chez les enfants néo-canadiens)
  • VIH* (découvrez-en davantage sur le VIH-sida chez les enfants néo-canadiens)
  • Anticorps IgM ou IgG de l’hépatite A
  • HBAg, Ag anti-HBs de l’hépatite B*
  • Hépatite C*
  • Syphilis (VDRL/RPR)
  • Sérologie des strongyloïdes (enfants originaires d’Afrique, d’Asie du Sud-Est)
  • Sérologie de la schistosomiase, ou bilharziose (enfants originaires d’Afrique)
  • Analyse d’urine
  • Œufs et parasites dans les selles, trois fois
  • Test Quantiferon Gold* (chez les plus de deux ans) ou test de Mantoux* (pour en savoir plus sur la tuberculose et les enfants néo-canadiens)
  • Radiographie pulmonaire si l’état clinique le justifie

* Reprendre six mois après l’arrivée

Les premières observations tirées d’un test de dépistage, telle que l’éosinophilie, entraîneront des tests plus spécialisés.2 Il faudra peut-être orienter l’enfant vers un pédiatre spécialisé en infectiologie.

Le test de dépistage de la tuberculose est recommandé chez tous les enfants adoptés à l’étranger. Il faut l’effectuer à leur arrivée au Canada et six mois plus tard, afin de déceler s’ils étaient infectés juste avant leur émigration. Voir le module intitulé La tuberculose pour en savoir plus.

Les enfants ayant une incapacité devraient être orientés vers une clinique multidisciplinaire pour lui faire subir une évaluation détaillée (p. ex., clinique spécialisée en fentes labiopalatines, en cardiologie ou en neurologie). Le médecin de famille devrait également évaluer le réseau de soutien des parents afin de s’assurer qu’ils ont accès à de l’aide et qu’ils en demandent s’ils en ont besoin.

Une fillette adoptée à l’étranger originaire d’Éthiopie

Nyla est une fillette de deux ans originaire d’Éthiopie. Elle a été placée en foyer d’accueil peu après son premier anniversaire. Elle semble bien nourrie, ses paramètres de croissance indiquent que sa circonférence crânienne se situe dans le troisième percentile, que son poids se situe légèrement sous le troisième percentile et que sa taille se situe dans le troisième percentile. Elle a une cicatrice sur l’épaule gauche et a reçu le vaccin BCG à un mois, dûment consigné dans son carnet de santé. Son test de Mantoux est positif à 10 mm, le test de libération d’interféron gamma (TLIG) est négatif et la radiographie pulmonaire, normale. La recherche d’œufs et de parasites dans les selles révèle la présence de Giardia et la sérologie de strongyloïdes est positive. Son taux de vitamine D correspond à la moitié de la valeur normale.

Lors du suivi quatre mois plus tard, son poids se situe au 25e percentile. Au suivi de six mois, sa circonférence crânienne est au 10e percentile et à un an, tous les paramètres de croissance correspondent au 25e percentile.

Nyla n’a pas été soignée contre la tuberculose latente. Elle a dû recevoir deux traitements pour se débarrasser de la Giardia, et a reçu de l’ivermectine pour soigner les strongyloïdes.

Points d’apprentissage

  • La plupart des enfants adoptés à l’étranger rattrapent leur retard de croissance rapidement, y compris la circonférence crânienne chez les enfants de moins de deux ans. Le potentiel de taille peut être réduit chez les enfants plus âgés.
  • Les enfants adoptés à l’étranger arrivent souvent de pays où Ia tuberculose est endémique. Jusqu’à 30 % d’entre eux présenteront un test de Mantoux positif et pourraient devoir être traités pour une tuberculose latente ou active. Le présent site Web contient plus d’information sur la tuberculose.
  • Chez les enfants de plus de deux ans dont la vaccination par le BCG est démontrée, le test de QuantiFERON (QFT) peut contribuer à interpréter un résultat limite.
  • Pour traiter les parasites, il faut souvent plusieurs séries de médicaments antiparasitaires. Il faut répéter les coprocultures d’œufs et de parasites après le traitement, afin de corroborer la disparition de l’infection.
  • Bien que la malnutrition manifeste soit rare, les carences nutritionnelles sont monnaie courante. Le présent site Web contient un module sur la malnutrition et les enfants néo-canadiens.

La détermination de l’âge de l’enfant

On peut se demander quelle est la véritable date de naissance de l’enfant. Pour les enfants de moins d’un an, une différence de quelques semaines ou de quelques mois ne changera pas grand-chose à long terme. Pour les enfants plus âgés, la détermination de l’âge revêt plus d’importance, surtout pour établir où l’enfant ira à l’école et son admissibilité à des services d’éducation spécialisée. L’incertitude quant à l’âge de l’enfant peut également donner lieu à un diagnostic erroné de puberté précoce.

Il n’existe pas de test précis ou fiable pour déterminer l’âge. Des antécédents de malnutrition et de privations peuvent fausser les mesures habituelles, y compris l’âge osseux à la radiographie et l’éruption des dents. De plus, le développement pubertaire diffère selon les ethnies.

Il est généralement préférable d’attendre au moins 12 mois après l’adoption pour réviser la date de naissance de l’enfant, afin de lui laisser le temps de rattraper son retard de croissance et d’observer son développement physique et affectif plus longtemps.5

L’évaluation du développement

Les retards de développement sont courants chez les enfants qui viennent d’arriver au Canada, mais la plupart les rattrapent rapidement. Les retards de langage peuvent persister plus longtemps. Le présent site Web contient plus d’information sur l’acquisition du langage. La plupart des enfants adoptés s’en tirent bien, mais un petit groupe a des besoins affectifs et neurocomportementaux complexes.

Les troubles du développement neurologique ou de l’apprentissage sont plus fréquents chez les enfants adoptés à l’étranger que dans la population générale, particulièrement les troubles d’intégration sensorielle, la dyspraxie et les troubles du langage, de l’attention et de la fonction exécutive. On observe un TDAH chez 10 % des enfants adoptés en Chine.

L’International Adoption Project, un partenariat avec la clinique d’adoption internationale de l’université du Minnesota, a rendu compte des résultats d’un sondage auprès de 2 500 familles sur les facteurs de risque avant l’adoption et les résultats après l’adoption. L’étude évaluait la réussite scolaire et les problèmes d’adaptation sur une période de neuf ans, d’après les facteurs de risque suivants avant l’adoption :

  • Exposition à l’alcool ou aux drogues pendant la période prénatale
  • Malnutrition prénatale
  • Prématurité
  • Négligence physique
  • Négligence sociale
  • Violence physique
  • Période de six mois ou plus en orphelinat, dans un foyer pour bébé ou à l’hôpital

La plupart des enfants ont obtenu de bons résultats :

  • 78 % des enfants adoptés présentant trois facteurs de risque ou moins réussissaient bien à l’école.
  • 50 % des enfants présentant quatre ou cinq facteurs de risque éprouvaient des difficultés.
  • La présence d’au moins quatre facteurs est liée à des problèmes d’adaptation affective ou comportementale après l’adoption.
  • L’âge à l’adoption et le nombre de facteurs de risque étaient également hautement corrélés. Les enfants arrivés dans leur famille adoptive après 24 mois présentaient le plus grand nombre de facteurs de risque.

Il est important de procéder au dépistage des retards de développement dès l’adoption, au moyen d’un outil validé que le professionnel de la santé connaît. Il faudrait effectuer le dépistage au moyen du questionnaire ASQ de dépistage de l’âge ou du test DDST de dépistage du développement de Denver peu après l’arrivée, le reprendre au bout de six mois, puis un an plus tard.

Les premiers tests peuvent être entravés par la barrière de la langue ou par le fait que le clinicien les connaît mal. Les premiers résultats ne devraient pas être utilisés pour prédire de la fonction future, mais plutôt comme point de comparaison ultérieur. Il peut être capital d’orienter rapidement l’enfant vers un traitement adapté à son âge, tel que la physiothérapie ou l’orthophonie, pour stimuler ses habiletés et sa confiance en soi.

L’évaluation du comportement

La plupart des enfants s’épanouissent dans le milieu réconfortant de leur foyer adoptif. Cependant, il est important pour les familles et les dispensateurs de soins de se rappeler que, dans une certaine mesure, tous les enfants adoptés à l’étranger ont vécu des traumatismes et l’abandon. De nombreux enfants ont dû affronter des ruptures successives avec les personnes qui s’occupaient d’eux ou ont connu les sévices affectifs, physiques ou sexuels. Certains éprouvent de la difficulté à se remettre de ces expériences. Les enfants peuvent également avoir été témoins de violence. Que ces expériences aient été vécues pendant leur petite enfance ou plus tard, elles sont susceptibles de perturber l’attachement jusqu’à un certain point. Au fil du temps, certains enfants doivent composer avec une mauvaise estime de soi, des problèmes scolaires et un comportement d’opposition, et ces difficultés peuvent s’aggraver à l’adolescence. Il faut également se rappeler que les parents adoptifs peuvent vivre leurs propres deuils et leurs propres pertes, parfois liés à leurs attentes ou à leurs motivations initiales pour adopter. Ces expériences influeront sur leurs pratiques parentales et devront peut-être être explorées davantage.

Le dépistage des traumatismes

Lorsqu’on obtient les antécédents précoces d’un enfant adopté à l’étranger, l’AAP recommande d’évaluer les traumatismes :6

Fonction Cause principale Symptômes
Tableau 4. Réponse aux traumatismes : les fonctions corporelles
Sommeil Stimulation du système d’activation réticulaire
  1. Difficulté à s’endormir
  2. Difficulté à demeurer endormi
  3. Cauchemars
Alimentation Inhibition du centre de satiété, anxiété
  1. Alimentation rapide
  2. Absence de satiété
  3. Accumulation de réserves de nourriture
  4. Perte d’appétit
Hygiène Augmentation du tonus sympathique, augmentation des catécholamines
  1. Constipation
  2. Encoprésie
  3. Énurésie
  4. Régression de l’hygiène
Source : American Academy of Pediatrics et Dave Thomas Foundation for Adoption. Helping Foster and Adoptive Families Cope With Trauma: A Guide for Pediatricians. Elk Grove Village, IL: American Academy of Pediatrics; 2013. Accessible à www.aap.org/traumaguide.
Catégorie Plus courante dans les cas suivants Réponse Mauvais diagnostic ou trouble concomitant
Tableau 5. Réponse aux traumatismes : Comportements
Dissociation (dopaminergique)
  • Filles
  • Jeunes enfants
  • Traumatisme ou douleur constants
  • Incapacité de se défendre
  • Détachement
  • Engourdissement
  • Compliance
  • Fantasie
  • Dépression
  • TDAH de type inattentif
  • Retard de développement
Éveil (adrénergique)
  • Garçons
  • Enfants plus âgés
  • Témoins de violence
  • Incapacité de fuir ou de se battre
  • Hypervigilance
  • Agression
  • Anxiété
  • Réponse exagérée
  • TDAH
  • Trouble oppositionnel avec provocation
  • Trouble des conduites
  • Trouble bipolaire
  • Troubles de gestion de la colère
Source : American Academy of Pediatrics et Dave Thomas Foundation for Adoption. Helping Foster and Adoptive Families Cope With Trauma: A Guide for Pediatricians. Elk Grove Village, IL: American Academy of Pediatrics; 2013. Accessible à www.aap.org/traumaguide.
Âge Impact sur la mémoire de travail Impact sur le contrôle inhibiteur Impact sur la flexibilité cognitive
Tableau 6. Réponse aux traumatismes : développement et apprentissage
Nourrisson, tout-petit, enfant d’âge préscolaire Difficulté à atteindre les étapes de développement

Colères explosives et fréquentes

Agressivité avec les autres enfants

L’attachement peut être atteint
Propension à être frustré
Enfant d’âge scolaire

Difficulté à acquérir les compétences scolaires

La perte des détails peut entraîner une confabulation, considérée comme des mensonges par les autres.
Problèmes fréquents à l’école et avec les camarades en raison de batailles et de perturbations

Troubles organisationnels

Peuvent ressembler à des troubles d’apprentissage ou à un TDAH
Adolescent

Difficulté à suivre le rythme des connaissances à acquérir au fil des apprentissages scolaires

Difficulté à organiser le travail scolaire et la vie familiale

Confabulation de plus en plus interprétée par les autres comme des problèmes d’intégrité

Actions impulsives qui peuvent menacer la santé et le bien-être

Actions qui peuvent susciter des interventions des forces de l’ordre et avoir des conséquences de plus en plus graves
Difficulté à assumer les tâches d’un jeune adulte qui nécessitent une interprétation rapide de l’information, p. ex., conduite automobile, fonctionnement sur le marché du travail
Source : American Academy of Pediatrics et Dave Thomas Foundation for Adoption. Helping Foster and Adoptive Families Cope With Trauma: A Guide for Pediatricians. Elk Grove Village, IL: American Academy of Pediatrics; 2013. Accessible à www.aap.org/traumaguide.

Caractéristiques des troubles de l’attachement

  • Les parents adoptifs hésitent souvent à parler de leurs inquiétudes relativement à l’attachement ou sont incapables de verbaliser leur sentiment que quelque chose tourne mal dans le processus qui suit l’adoption.7 C’est donc au professionnel de la santé de poser des questions précises sur les comportements qui figurent ci-dessous et d’organiser une thérapie pour l’enfant et sa famille, au besoin.7
  • Comportement superficiellement agréable et charmant
  • Affection indiscriminée envers les étrangers
  • Absence d’affection avec les parents selon leurs exigences (pas de câlins)
  • Peu de contacts oculaires avec les parents
  • Questions insensées constantes et bavardage incessant
  • Comportement indûment exigeant et « collant »
  • Mensonges sur des choses évidentes
  • Vols
  • Piètre estime de soi
  • Comportement destructeur envers soi, les autres et les objets
  • Profils alimentaires anormaux
  • Aucun contrôle des impulsions (peut être diagnostiqué à tort comme un TDAH)
  • Lacunes dans l’apprentissage
  • Profil de langage anormal
  • Piètres relations avec les camarades
  • Absence de conscience
  • Cruauté envers les animaux

Une minorité d’enfants présente un grave trouble réactionnel de l’attachement (TRA), dont les symptômes sont énumérés ci-dessous. Il ne faut pas sous-estimer les conséquences de ce trouble sur l’enfant et sur sa famille, et il faut mettre en place le soutien et les thérapies pertinentes le plus rapidement possible.

Selon le DSM-5, les critères diagnostiques du TRA s’établissent comme suit :

  • Mode de comportement inhibé et de retrait affectif constants envers les adultes qui s’occupent de lui
  • Perturbations sociales et affectives persistantes
  • Profil des limites extrêmes de soins insuffisants
  • Les soins décrits au troisième critère sont présumés être responsables du comportement décrit au premier critère.
  • Les critères de troubles du spectre de l’autisme ne sont pas respectés.
  • La perturbation est évidente avant l’âge de cinq ans.
  • L’enfant a un âge développemental d’au moins neuf mois.

Le trouble de l’engagement social désinhibé (TESD) est une autre forme de trouble de l’attachement.

Selon le DSM-5, les critères diagnostiques du TESD s’établissent comme suit :

  • Profil de comportement dans le cadre duquel l’enfant aborde des adultes qu’il ne connaît pas et interagit activement avec eux d’une manière impulsive, inconsidérée et trop familière
  • Les comportements décrits au premier critère ne se limitent pas à l’impulsivité, mais peuvent inclure un comportement social désinhibé.
  • Profil des limites extrêmes de soins insuffisants.
  • Les soins décrits au troisième critère sont présumés être responsables du comportement décrit au premier critère.
  • L’enfant a un âge développemental d’au moins neuf mois.

Les approches thérapeutiques de ces deux troubles sont complexes et doivent être amorcées par une équipe qualifié. Il est essentiel de soutenir la famille.

Le suivi à long terme

Les enfants adoptés à l’étranger sont généralement très résilients. Au bout d’un an ou deux, ils rattraperont une grande partie de leur retard de croissance. Ils apprennent la langue de leurs parents adoptifs et s’adaptent à l’environnement et aux pratiques alimentaires de leur nouvelle communauté.

Les professionnels de la santé qui travaillent avec ces enfants et leur famille doivent connaître les vulnérabilités courantes et soutenir les familles. Pour ce faire, ils doivent écouter leurs besoins et ceux de l’enfant, les reconnaître, les comprendre et faire preuve d’empathie. Le professionnel de la santé peut aider les familles à comprendre que les pratiques parentales auprès d’un enfant adopté à l’étranger exigent souvent des approches très personnelles.8

Pendant les rendez-vous pour les soins de première ligne, il faut surveiller systématiquement le développement et le comportement de l’enfant et évaluer le stress des parents ainsi que les interactions entre les parents et l’enfant. Il faut s’assurer que l’enfant et sa famille ont accès aux services dont ils ont besoin.

Cas 2

Igor est un garçon adopté de cinq ans originaire de Russie. Il a été placé en foyer d’accueil peu après sa naissance et élevé dans trois orphelinats différents.

Au premier rendez-vous chez le médecin, deux semaines après son arrivée, l’évaluation révèle des paramètres de croissance et des habiletés motrices et de langages adaptés à son âge. Les parents n’ont pas de préoccupations particulières. À la visite de suivi au bout de quatre mois, lorsqu’ils sont interrogés au sujet du comportement d’Igor, les parents confient que leur enfant a adopté un comportement provocateur, qu’il n’accepte pas qu’on lui dise non et qu’il fait des colères qui peuvent durer une heure. Il se lève souvent pendant la nuit pour se promener dans la maison, ce qui les rend très anxieux. Ils admettent se sentir épuisés.

Points d’apprentissage

  • Les familles adoptives hésitent souvent à soulever des problèmes importants avec un dispensateur de soins, même s’ils peinent à comprendre et à soutenir leur enfant.
  • Il faut présumer qu’un enfant adopté à l’étranger a vécu certains traumatismes. Pour en évaluer la gravité, il faut utiliser judicieusement les outils de dépistage et poser les questions pertinentes.
  • Les dispensateurs de soins peuvent contribuer à soutenir et à valider dans leur nouveau rôle les parents et les autres personnes qui s’occupent de l’enfant. L’AAP suggère des moyens d’aider les familles à comprendre les traumatismes et leurs conséquences dans leur document, rédigé en anglais, intitulé Helping foster and adoptive families cope with trauma.
  • Les dispensateurs de soins devraient prendre contact avec des professionnels de la santé mentale qui possèdent des compétences en adoption internationale, en traitement des traumatismes et en troubles de l’attachement et orienter les familles vers ces professionnels.

Quelques ressources

Références

  1. Hostetter MK, Iverson, S, Thomas W et coll. Medical evaluation of internationally adopted children. NEJM 1991; 325: 479-85.
  2. Agence de la santé publique du Canada. Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages (CCMTMV). Déclaration concernant l’adoption internationale. RMTC 2010;36(DCC-15):1-17.
  3. Jones VF, Committee on Early Childhood, Adoption and Dependent Care. Comprehensive health evaluation of the internationally adopted child. Pediatrics 2012;129(1):e214-23.
  4. Eckerle JK, Howard CR, John CC. Infections in internationally adopted children. Pediatr Clin North Am 2013;60(2):487-505.
  5. Chicoine JF, Germain P, Lemieux J. L’enfant adopté dans le monde en quinze chapitres et demi. Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine, Québec, 2003.
  6. American Academy of Pediatrics and the Dave Thomas Foundation for Adoption. 2013. Helping foster and adoptive families cope with trauma.
  7. Miller L. The Handbook of International Adoption Medicine. London, New York: Oxford University Press, 2004.
  8. Weitzman C, Albers L. Long-term developmental, behavioral, and attachment outcomes after international adoption. Pediatr Clin North Am 2005;52(5):1395-419.

Éditeurs scientifiques

  • Mireille Lemay, MD, FRCPC

Mise à jour : novembre 2014

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