Guide pour les professionnels de la santé œuvrant
auprès des familles immigrantes et réfugiées

La dengue

Faits saillants

  • Le nombre de cas de dengue augmente dans le monde, tout comme le nombre de pays où l’infection est endémique.
  • On doit craindre une dengue chez les patients qui reviennent d’un voyage dans un pays endémique ou en ont émigré depuis moins de deux semaines, qui se mettent subitement à faire une forte fièvre et qui présentent des signes et symptômes d’éruption, de nausées ou de vomissements, de myalgie ou d’arthralgie invalidante, de céphalée et de leucopénie.
  • Il n’existe pas de traitement spécifique de la dengue. Des soins de soutien énergiques s’imposent.
  • Il n’y a pas de vaccin. Pour prévenir la dengue, il faut une lutte antivectorielle et une protection personnelle qui réduiront les piqûres de moustiques.

L’épidémiologie

La dengue est la principale maladie virale transmise par des moustiques dans le monde.1 Elle est causée par l’un des quatre sérotypes de flavivirus (DEN-1, 2, 3 et 4), qui sont transmis par les moustiques Aedes, des moustiques piqueurs diurnes qu’on trouve davantage dans les régions urbaines que dans les régions rurales (figure 1).1 Ces moustiques piquent surtout tôt le matin et avant la tombée de la nuit (à l’opposé des moustiques anophèles, responsables de la transmission du paludisme). Environ 40 % de la population mondiale vivent dans des régions où la dengue est endémique.2

 

Figure 1. Moustique Aedes aegypti femelle

Figure 1. Moustique Aedes aegypti femelle

 

Source : Centers for Disease Control and Prevention/Prof. Frank Hadley Collins, directeur, Center for Global Health and Infectious Diseases, université de Notre Dame. Photo James Gathany.

Chaque année dans le monde, on estime que de 50 millions à 100 millions d’infections sont causées par la dengue et que 24 000 décès en découlent.1 Le taux de mortalité des infections sévères peut atteindre les 15 %, mais est inférieur à 1 % lorsqu’elles s’associent à une intervention médicale convenable.1 On ne connaît pas le taux d’infections chez les jeunes visiteurs ou les immigrants au Canada et chez ceux qui reviennent de l’étranger, mais selon des rapports de cas, on pense qu’il augmente, tout comme le nombre de pays où la dengue s’installe. Cette maladie est désormais le deuxième diagnostic en importance après le paludisme chez les voyageurs de retour au pays.3

Les facteurs de risque

Les immigrants nouvellement arrivés au Canada qui proviennent d’une région à haut risque peuvent être vulnérables à l’infection, de même que les voyageurs qui se sont récemment rendus dans une région à haut risque. La dengue se manifeste dans les deux semaines suivant l’exposition. Ainsi, il faut envisager la dengue si la maladie se déclare moins de deux semaines après une exposition possible. Toutefois, l’infection par la dengue est improbable si le délai est plus long.

En général, les secteurs à haut risque se situent dans les régions tropicales et subtropicales, comme le démontre la figure 2.4 Cependant, il y a eu de récents signalements de cas endémiques aux États-Unis et en Europe6. Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) proposent une carte interactive, en anglais, qui présente les données épidémiologiques mondiales sur la dengue.

Figure 2 : Distribution du risque mondial de dengue, OMS 20124

Figure 2 : Distribution du risque mondial de dengue, OMS 2012(4)

Source : Traduit avec l’autorisation de l’éditeur, tiré de Global Strategy for Dengue Prevention and Control, 2012-2020 (fig. 2, page 2, http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/75303/1/9789241504034_eng.pdf, consulté le 7 novembre)

Les indices cliniques

Il est essentiel de provenir ou de revenir d’un pays endémique.

En général, les signes de fièvre dengue se manifestent de quatre à sept jours après l’infection, mais peuvent se déclarer jusqu’à 14 jours après la piqûre d’un moustique. Ils peuvent inclure les éléments suivants : 1

  • Une forte fièvre qui se manifeste subitement, parfois en deux phases
  • Des céphalées importantes
  • Des douleurs rétro-orbitaires ophtalmoplégiques
  • Des myalgies et des arthralgies invalidantes (break bone fever)
  • Des nausées
  • Des vomissements
  • Une éruption qui se déclare entre les poussées de fièvre
  • Des manifestations occasionnelles de saignements
  • Une leucopénie

La gravité de l’infection

La maladie peut osciller entre une infection invisible et une fièvre dengue classique, une dengue hémorragique (qui a déjà été désignée par le terme fièvre hémorragique dengue) et une dengue avec syndrome de choc.1 Dans certains pays asiatiques et latino-américains, la dengue hémorragique est responsable d’un plus grand nombre de maladies graves et de décès que le paludisme chez les enfants. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a rédigé des définitions de cas de la dengue5, mais les différences entre elles sont souvent floues.

Figure 3. Classification et degré de gravité proposés des cas de dengue

Figure 3. Classification et degré de gravité proposés des cas de dengue

Source : Traduit avec l’autorisation de l’éditeur, extrait de Dengue guidelines for diagnosis, treatment, prevention and control (fig. 1.4, page 11 www.who.int/csr/resources/publications/dengue_9789241547871/en, consulté le 7 novembre 2013).

Test du tourniquet : Test de fragilité capillaire causé par une anomalie de la paroi capillaire ou une thrombocytopénie, qui consiste à appliquer un brassard de tensiomètre pendant cinq minutes sur le bras d’un individu et à le gonfler à une pression située à mi-chemin entre les pressions diastolique et systolique. On peut compter le nombre de pétéchies observées dans une zone circonscrite de la peau ou rendre compte des résultats dans une plage oscillant entre négatif (pas de pétéchies) et positif +4 (pétéchies confluentes). Traduit de Mosby’s Medical Dictionary, 8e édition. © 2009, Elsevier: http://medical-dictionary.thefreedictionary.com/tourniquet+test (consulté le 7 novembre 2013)

HT : Hématocrite

DSC : Dengue avec syndrome de choc

Les facteurs de risque associés à la gravité

Les facteurs de risque associés à la gravité de la maladie incluent les éléments suivants : 5

  • Deuxième infection : Rétablissement d’une infection par l’un des sérotypes, suivi d’une deuxième infection par un autre sérotype.
  • Âge : Les jeunes enfants sont plus vulnérables à une dengue avec syndrome de choc que les adultes parce qu’ils sont moins en mesure de compenser la fuite capillaire.
  • Ethnie : Les taux de dengue hémorragique semblent plus élevés chez les personnes qui ne sont pas d’origine africaine.
  • Maladies chroniques (p. ex., asthme, drépanocytose, diabète).

Le diagnostic

Envisagez la dengue dans le diagnostic différentiel des patients qui : 1

  • sont fiévreux, ET
  • émigrent d’une région à risque ou y ont voyagé dans les deux semaines suivant l’apparition des symptômes.

Chez les patients qui font de la fièvre et qui émigrent ou reviennent d’une région où la dengue est endémique, il est également important d’envisager le risque de paludisme, de fièvre typhoïde, de leptospirose et d’influenza dans le diagnostic différentiel.6

Les critères diagnostiques de la dengue sont présentés à la figure 3.

Après avoir communiqué avec votre laboratoire, envisagez d’effectuer des tests sérologiques, moléculaires ou autres (p. ex., détection d’antigènes) pour confirmer le diagnostic, mais soyez conscient des délais possibles avant d’obtenir une confirmation. Les décisions cliniques doivent se fonder sur les antécédents des patients et les observations, la confirmation de laboratoire arrivant plus tard.

Pendant la période fébrile (particulièrement pendant la phase précoce), il se peut que les anticorps ne soient pas détectables. Lorsque la fièvre tombe, il peut être difficile de déceler l’ARN, le virion ou la protéine de la dengue. Le Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages (CCMTMV) recommande d’effectuer des tests sérologiques en prélevant des échantillons de sérum pendant la phase aiguë (prélèvement de zéro à cinq jours après l’apparition de la fièvre) et la phase de convalescence (prélèvement de six à 30 jours après l’apparition de la fièvre).1 Le Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg fournit les services diagnostiques de la dengue au Canada. Certains laboratoires spécialisés offrent également ce service. Vérifiez auprès de votre laboratoire local.

La prise en charge

Il n’y a pas de thérapie antivirale contre la dengue.1 L’OMS a publié des directives de prise en charge, en anglais.5,7

Des soins de soutien énergiques s’imposent pour soigner les cas graves.

  • En raison de la fuite capillaire, l’administration des liquides doit être proactive et il faut dépister rapidement les signes de choc.
  • Il faut également prendre en charge les saignements de manière proactive et éviter les salicylates, qui peuvent les exacerber.
  • Il peut être nécessaire d’administrer des anticonvulsivants en cas de convulsions.
  • Une insuffisance multiorganique est possible, y compris des atteintes hépatique, rénale ou cardiaque. Le rétablissement peut être lent et complexe.
  • Les séquelles à long terme, telles que la myocardiopathie et la fatigue persistante, sont possibles.

La prévention

Il n’y a pas de vaccin contre la dengue, mais des travaux sont en cours pour en mettre un au point. Parmi les mesures protectrices personnelles, soulignons le recours aux insectifuges, aux moustiquaires pendant le sommeil et aux vêtements longs, qui réduisent tous le risque de piqûres de moustiques. D’autres renseignements sur la prévention des piqûres d’insectes sont accessibles dans le module intitulé Les maladies des voyageurs.

Quelques ressources

Références

  1. Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages (CCMTMV). Déclaration sur la dengue. RMTC 2009;35(avril 2009):1-11.
  2. American Academy of Pediatrics. Dengue. In: Pickering Lk, Baker CJ, Kimberlin DW et coll., éd. Red Book: 2012 Report of the Committee on Infectious Disease. Elk Grove Village, IL: AAP, 2012:305-7.
  3. Chen LH, Wilson ME. Dengue and chikungunya infections in travelers. Curr Opin Infect Dis 2010;23(5):438-44.
  4. OMS. Global strategy for dengue prevention and control 2012-2020. Genève, Suisse: OMS, 2012.
  5. OMS. Dengue guidelines for diagnosis, treatment, prevention and control. Genève, Suisse: OMS, 2009
  6. Duber HC, Kelly SM. Febrile illness in a young traveler: Dengue fever and its complications. J Emerg Med 2013;45(4):526-9.
  7. OMS. Dengue et dengue hémorragique. Aide-mémoire no 117. Septembre 2013

Éditeurs scientifiques

  • Noni MacDonald, MD

Mise à jour : juillet 2014

http://www.enfantsneocanadiens.ca/conditions/dengue
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