Guide pour les professionnels de la santé œuvrant
auprès des familles immigrantes et réfugiées

L’onchocercose (cécité des rivières)

Faits saillants

  • L’onchocercose (également appelée cécité des rivières ou filariose) est une maladie causée par le nématode Onchocerca volvulus (un ver).
  • L’onchocercose est une cause importante de cécité dans le monde, particulièrement en Afrique subsaharienne.
  • Elle s’accompagne souvent d’un prurit (démangeaisons) associé ou non à une éruption cutanée, et elle peut entraîner des lésions cutanées permanentes.
  • Puisque la période d’incubation peut atteindre trois ans, l’onchocercose peut se manifester chez des enfants et des adolescents plusieurs années après leur arrivée au Canada.
  • Il faut envisager cette infection chez les enfants et adolescents nouvellement arrivés, particulièrement s’ils proviennent d’Afrique subsaharienne.
  • Le diagnostic est posé par l’examen de prélèvements de peau, par l’examen des yeux à l’aide d’une lampe à fente ou par sérologie.
  • L’ivermectine, administrée tous les six à 12 mois pendant une période prolongée, est le traitement privilégié. Il est recommandé de consulter un infectiologue.

Introduction

L’onchocercose (également appelée cécité des rivières) est une filariose causée par un nématode (un ver), l’Onchocerca volvulus. L’infection peut provoquer une maladie systémique qui touche souvent la peau et les yeux. Elle est transmise par des mouches noires infectées de l’espèce Simulium.1 L’O volvulus femelle adulte, qui peut vivre jusqu’à 15 ans sous la peau d’un hôte humain, produit d’innombrables microfilaires prélarvaires2 qui peuvent survivre de deux à trois ans. Les conséquences de l’infection sont surtout liées à la réaction immunitaire aux microfilaires mortes ou mourantes présentes dans la peau ou les yeux. Une forte charge microfilaire peut être responsable d’intenses démangeaisons de la peau, qui peut présenter de graves excoriations et défigurer la personne atteinte. La présence de microfilaires dans les yeux peut causer une déficience visuelle et, si la maladie n’est pas traitée, la cécité.

L’épidémiologie

On estime que plus de 17 millions de personnes sont infectées par l’O volvulus dans le monde,2 ce qui en fait la deuxième cause infectieuse de cécité en importance après le trachome. On n’en connaît pas la prévalence chez les jeunes nouveaux arrivants au Canada. Les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis proposent de l’information détaillée, en anglais, sur le cycle de vie de l’Onchocerca.

La majorité des infections sont observées en Afrique subsaharienne, mais quelques cas proviennent du Moyen-Orient (notamment le Yémen), de l’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud.3 Les régions à haut risque sont indiquées à la figure 1.

Les facteurs de risque

Les personnes qui vivent dans les régions rurales près des cours d’eau agités d’une région endémique (notamment en Afrique subsaharienne) sont les plus vulnérables à l’infection.3

Figure 1. Distribution de l’onchocercose

Figure 1. Distribution de l’onchocercose

Source: Extrait et traduit avec l’autorisation de l’éditeur, de Onchocerciasis (river blindness) - disease information. Genève, Organisation mondiale de la santé, 2012 Consulté le 5 mai 2014 à http://www.who.int/blindness/partnerships/onchocerciasis_disease_information/fr/

Les indices cliniques

L’onchocercose n’est pas fréquente chez les nouveaux arrivants ou les voyageurs de retour d’une région endémique, mais puisqu’il s’agit d’une cause évitable de cécité et d’autres morbidités importantes, il faut l’envisager chez les patients qui présentent les symptômes suivants et dont les antécédents de voyages sont compatibles : 2,4

  • Prurit (démangeaisons), accompagné ou non d’une éruption cutanée. Cette éruption peut provoquer de graves excoriations et une hypertrophie cutanée. Les infections bactériennes cutanées secondaires sont courantes.
  • Nodules sous-cutanés.
  • Œdème non douloureux des ganglions lymphatiques (peu courant).
  • Maladie oculaire dont la gravité oscille entre des symptômes bénins (p. ex., démangeaisons, rougeurs, douleur, photophobie, kératite diffuse ou vision floue) et de graves morbidités (comme un rétrécissement du champ de vision ou la cécité).

En général, les symptômes se manifestent de un à deux ans après l’infection, mais la période d’incubation est très variable.2 Certaines personnes infectées sont asymptomatiques.4

Sans traitement, les lésions réversibles de la cornée peuvent provoquer une opacité permanente de la cornée et la cécité. L’inflammation du nerf optique peut également être responsable d’une perte de vision et d’une cécité.4 Les lésions cutanées à long terme peuvent entraîner des éruptions diffuses, une hyperpigmentation (qui peut être associée à un œdème), une atrophie cutanée (amincissement et perte d’élasticité de la peau) et une dépigmentation (qui peut donner un aspect de « peau de léopard », particulièrement dans le bas des jambes).4 Les terribles démangeaisons persistantes peuvent contribuer à une insomnie chronique ou à une dépression.

Consultez le module intitulé Le dépistage des troubles de la vue pour évaluer les jeunes immigrants et réfugiés nouvellement arrivés au Canada.

Le diagnostic

En général, le diagnostic est posé au moyen d’un test sérologique effectué au Centre national de référence en parasitologie situé à Montréal, au Québec. Cependant, il est possible de poser un diagnostic définitif par l’observation de microfilaires vivantes dans une biopsie colorée de la peau ou par des méthodes plus sensibles, telles que la réaction en chaîne de la polymérase (PCR), la méthode d’immuno-absorption enzymatique (ELISA) ou l’immunomarquage.2 Il est possible de déceler un ver adulte par échographie ou excision d’un nodule. Si on craint une onchocercose oculaire, il faut demander une consultation en ophtalmologie. Une autre modalité diagnostique consiste à examiner la chambre antérieure de l’œil au moyen d’une lampe à fente pour déceler les microfilaires.

Le traitement

Il est essentiel de traiter l’onchocercose pour prévenir les lésions cutanées et la cécité à long terme,4 et dans tous les cas, il est recommandé de consulter un infectiologue.

Les patients atteints d’’onchocercose sont susceptibles à une co-infection par un parasite filaire moins courant, le loa-loa, endémique dans de nombreuses régions d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. Il est important d’écarter la possibilité de loa-loa, car son traitement à l’aide d’ivermectine peut provoquer une encéphalopathie.5

On peut traiter l’infection à l’aide d’ivermectine (200 µg/kg),1,2 qui tue les larves et empêche les vers adultes de produire de nouvelles microfilaires pendant les quelques mois suivant le traitement. Cependant, l’ivermectine ne tue pas les macrofilaires (les vers adultes) et ne guérit pas l’infection. Elle contrôle la maladie lorsqu’elle est administrée tous les six à 12 mois pendant le cycle de vie habituel du parasite, qui dure souvent plus de dix ans.2 Au Canada, on se procure l’ivermectine par l’entremise du Programme d’accès spécial de Santé Canada. L’innocuité du traitement des enfants de moins de 15 kg à l’ivermectine n’est pas démontrée.1,4 Dans la plupart des cas, on ajoute de la doxycycline pour traiter un autre organisme, le Wolbachia, une bactérie qui vit en endosymbiose avec le parasite et en favorise la survie.

La prévention

Il n’existe pas de vaccin contre l’onchocercose. Il faut utiliser des mesures de protection personnelle pour prévenir les piqûres d’insectes lors d’un passage dans des régions endémiques.2 Ces précautions sont détaillées dans le module intitulé Les maladies des voyageurs.

Références

Éditeurs scientifiques

  • Anna Banerji, MD

Mise à jour : juillet 2014

http://www.enfantsneocanadiens.ca/conditions/onchocerciasis
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