Guide pour les professionnels de la santé œuvrant
auprès des familles immigrantes et réfugiées

La maladie de Chagas (trypanosomiase américaine)

Faits saillants

  • La maladie de Chagas, causée par un parasite, le Trypanosoma cruzi, est transmise dans les déjections des triatomes, des insectes qui défèquent pendant qu’ils prélèvent du sang ou après l’avoir prélevé.
  • La maladie est endémique en Amérique latine.
  • Les enfants atteints d’une infection aiguë sont plus susceptibles d’être symptomatiques que les adultes.
  • La phase aiguë peut être asymptomatique ou inclure des signes et symptômes non spécifiques.
  • La phase chronique se manifeste de dix à 30 ans plus tard et peut inclure des symptômes cardiaques ou gastro-intestinaux.
  • On estime que l’infection congénitale se produit chez 5 % à 10 % des nouveau-nés de mères infectées.
  • On fait des tests de dépistage chez les donneurs de sang et dans le sang pour éviter la transmission de la maladie par le sang et les produits sanguins.
  • Pendant la phase aiguë, on pose le diagnostic en décelant le parasite dans un frottis sanguin, tandis que pendant la phase chronique, on le pose plutôt par sérologie.
  • Le traitement au benznidazole ou au nifurtimox est recommandé dans tous les cas de maladie de Chagas congénitale, aiguë et chronique chez les enfants et les adolescents de moins de 18 ans. 

Introduction

La maladie de Chagas (ou trypanosomiase américaine), causée par le parasite Trypanosoma cruzi, est souvent transmise dans les déjections des insectes infectés, les triatomes. Ces insectes hématophages relativement gros (figure 1) vivent surtout en Amérique centrale, en Amérique latine et dans les régions du sud des États-Unis. Les insectes défèquent pendant qu’ils prélèvent du sang et après l’avoir prélevé. La personne mordue s’auto-inocule par inadvertance en frottant les déjections d’insecte contenant le parasite dans une lésion de morsure ou dans les membranes muqueuses de leurs yeux ou de leur bouche. La maladie peut être congénitale, si elle est transmise d’une mère infectée à son bébé2, ou être secondaire (moins souvent) à une transfusion sanguine, une transplantation d’organe ou des aliments ou des boissons contaminés. On estime que de 5 % à 10 % des nouveau-nés d’une mère infectée contractent la maladie par transmission verticale.3

Figure 1 : Adulte femelle hématophage de l’espèce Triatoma rubida. Échelle = 1 cm.

Crédit photographique :  Reisenman CE, Lawrence G, Guerenstein PG et coll. Infection of kissing bugs with Trypanosoma cruzi, Tucson, Arizona, États-Unis. Emerg Infect Dis 2010;16(3). Photographie par by C. Hedgcock.

L’épidémiologie

Selon l’OMS, de sept à huit millions de personnes de par le monde auraient une infection chronique par le T. cruzi. Le réservoir primaire se situe en Amérique latine, où la maladie est endémique.4 Les données sur la prévalence de la maladie de Chagas chez les nouveaux arrivants au Canada sont limitées, notamment chez les plus jeunes. D’après une étude, en 2006, 3,5 % des immigrants au Canada en provenance d’Amérique latine avaient été infectés par la maladie.5

Les facteurs de risque

Les régions endémiques se situent au Mexique, en Amérique centrale et en Amérique du Sud.2 Tandis que des régions du sud des États-Unis présentent des cycles enzootiques de T. cruzi causées par les triatomes et les mammifères, notamment les ratons laveurs, les opossums et les chiens, la plupart des cas de maladie de Chagas sont diagnostiqués chez des immigrants en provenance d’autres pays.4,6

La gravité de l’infection

L’infection initiale peut être asymptomatique. La maladie se décline en deux phases de gravités différentes :2,6

  • Première phase (aiguë) : Se manifeste peu après l’infection, par des symptômes non spécifiques bénins (voir le tableau 1) qui se résorbent au bout de deux à trois mois, sans traitement. Dans de rares cas, la maladie est grave et provoque une myocardite ou une méningoencéphalite qui peut être fatale. Les symptômes graves sont plus fréquents chez les enfants, les personnes âgées et les personnes immunodéficientes.
  • Seconde phase (chronique) : La plupart des patients atteints d’une infection chronique à T. cruzi n’ont pas de symptômes. Cette phase chronique asymptomatique est dite de forme « indéterminée ». Cependant, dans 20 % à 30 % des cas, on observe une évolution grave de dix à 30 ans après l’infection initiale, Pendant la phase chronique symptomatique, des manifestations cardiaques peuvent se déclencher, y compris une myocardiopathie de Chagas accompagnée d’anomalies du système de conduction, un bloc de branche droit, un bloc cardiaque complet ou des arythmies ventriculaires ou encore une insuffisance cardiaque globale. Les manifestations gastro-intestinales incluent un mégaœsophage, un mégacôlon et une perte de poids.6

Les indices cliniques

La première phase (aiguë) et la seconde phase (chronique) de la maladie de Chagas s’associent à divers symptômes, résumés au tableau 1.2,6

Tableau 1 : Symptômes de la première phase (aiguë) et de la seconde phase (chronique) de la maladie de Chagas

Première phase : symptômes aigus

Seconde phase : symptômes chroniques

peuvent se manifester une ou plusieurs semaines après l’infection et persister de deux à trois mois peuvent se manifester de dix à 30 ans après l’infection initiale
  • Gonflement autour de la morsure infectée (appelé chagome)
  • Gonflement autour de l’œil (appelé signe de Romaña)*
  • Fièvre
  • Anorexie
  • Maux de tête
  • Ganglions lymphatiques enflés
  • Douleurs musculaires
  • Hépatosplénomégalie discrète
  • Difficultés respiratoires
  • Myocardite ou méningoencéphalite (rare) 
  • Mégaœsophage
  • Mégacôlon
  • Cardiomyopathie (p. ex., avec arythmie, bloc cardiaque, embolie ou insuffisance cardiaque)

* Le signe de Romaña est attribuable à la contamination des conjonctives par les déjections des triatomines. Source : Adapté du Gouvernement du Canada (voyage.gc.ca), Voyager à l’étranger, Santé voyage et sécurité, Maladies, Trypanosomiase américaine (maladie de Chagas)

Le diagnostic

Le diagnostic de maladie de Chagas se fonde sur des tests de laboratoire après l’évaluation des observations cliniques et du risque d’infection du patient.7 Au Canada, il faut prendre contact avec le Centre national de référence en parasitologie (CNRP) de Montréal au sujet des tests de dépistage de la maladie de Chagas. Si un patient obtient un résultat positif, les membres du ménage doivent également subir le test s’ils ont aussi été exposés aux triatomes.

Le type de test dépend de la phase de la maladie présumée :7

La première phase (phase aiguë)

Déceler les parasites en circulation (trypomastigotes) au microscope dans un frottis sanguin (figure 2). En cas d’infection du système nerveux central, on peut observer les trypomastigotes dans le liquide céphalorachidien.

Figure 2 :  Trypomastigotes T. cruzi dans un frottis sanguin

Goutte épaisse

Frottis mince

Source: Centers for Disease Control and Prevention. Public Health Image Library: http://phil.cdc.gov/phil/home.asp

La seconde phase (phase chronique)

Utilisez au moins deux tests sérologiques pour déceler les anticorps au parasite (c’est-à-dire la méthode d’immuno-absorption enzymatique [ELISA] et l’épreuve d’immunofluorescence des anticorps [IFA]). En général, les taux de parasites en circulation ne sont généralement pas décelables pendant la phase chronique de l’infection.

Le dépistage

Les femmes enceintes à risque, leur nouveau-né et leurs enfants plus âgés

Tous les enfants d’une mère infectée par le T. cruzi devraient subir un test de dépistage de la maladie de Chagas.

Figure 3 : Algorithme proposé par les hôpitaux universitaires de Genève, en Suisse, pour les femmes enceintes originaires d’Amérique latine

Traduction autorisée de Jackson Y, Myers C, Diana A et coll. Congenital transmission of Chagas disease in Latin American immigrants in Switzerland. Emerg Infect Dis 2009;15(4):601-3.

Les donneurs de sang et le sang

La Société canadienne du sang a ajouté des énoncés au questionnaire sur l’état de santé des donneurs, afin d’évaluer le risque potentiel que le donneur ait été exposé à la maladie de Chagas : « Avez-vous passé 6 mois consécutifs ou plus au Mexique, en Amérique centrale ou en Amérique du Sud? » et « Votre mère ou votre grand-mère est-elle née au Mexique, en Amérique centrale ou en Amérique du Sud? » Si les donneurs répondent « oui » à l’une de ces questions, on ne produit pas de plaquettes et de plasma congelé pour les transfusions à partir de leur sang et on effectue des tests pour dépister la présence d’anticorps au T. cruzi. Les adolescents infectés sont parfois dépistés lorsqu’ils se portent volontaires pour donner du sang.

Le traitement

Il est recommandé de traiter la maladie de Chagas dans tous les cas de maladie congénitale, aiguë et chronique chez les enfants et les adolescents de moins de 18 ans.6 Les seuls antimicrobiens dont l’effet est démontré sont le benznidazole et le nifurtimox. Dans les deux cas, il faut faire une demande d’accès spécial à Santé Canada. Il est possible d’éradiquer la maladie si le traitement est amorcé peu après l’infection, mais l’efficacité du traitement diminue proportionnellement à la durée de l’infection. Un traitement peut également s’imposer pour soigner les symptômes.4

La prévention

Il n’y a pas de vaccin contre la maladie de Chagas.2 Le meilleur moyen de se protéger contre la maladie de Chagas pour les personnes qui voyagent ou résident dans des régions endémiques consiste à prévenir les piqûres de triatomes :

  • Éviter de camper ou de dormir en plein air.
  • Éviter la boue, les toits de feuilles de palmier ou les structures de briques d’adobe, qui sont vulnérables aux infestations.
  • Utiliser des moustiquaires imprégnées d’insectifuge.
  • Examiner les aires d’habitation pour déceler tout signe d’infestation et procéder à l’extermination, s’il y a lieu.6

Pour en savoir plus sur la prévention des piqûres d’insectes, consultez le module intitulé Les maladies des voyageurs. 

L’allaitement

Même si les données sont limitées, les mères atteintes de la maladie de Chagas peuvent continuer d’allaiter, à moins d’être en phase aiguë de la maladie, d’avoir réactivé leur maladie en raison d’une immunosuppression ou d’avoir des saignements aux mamelons.8

Quelques ressources

Références

  1. Reisenman CE, Lawrence G, Guerenstein PG et coll. Infection of kissing bugs with Trypanosoma cruzi, Tucson, Arizona, USA. Emerg Infect Dis 2010;16(3).
  2. Gouvernement du Canada. Trypanosomiase américaine (maladie de Chagas)
  3. Jackson Y, Myers C, Diana A et coll. Congenital transmission of Chagas disease in Latin American immigrants in Switzerland. Emerg Infect Dis 2009;15(4):601-3.
  4. Organisation mondiale de la santé. Maladie de Chagas (trypanosomiase américaine). Aide-mémoire no 340. Genève, Suisse: OMS, mis à jour mars 2013.
  5. Schmunis GA, Yadon ZE. Chagas disease: A Latin American health problem becoming a world health problem. Acta Trop 2010;115(1-2):14-21.
  6. American Academy of Pediatrics. American trypanosomiasis (Chagas Disease). In: Pickering LL, Baker CJ, Kimberlin DW, Long SS, éd. Red Book: 2012 Report of the Committee on Infectious Diseases. Elk Grove Village, IL: AAP, 2012:734-36.
  7. Centres for Disease Control and Prevention. Parasites — American Trypanosomiasis (also known as Chagas Disease). Diagnosis. Juillet 2013.
  8. Norman FF, López-Vélez R. Chagas disease and breast-feeding. Emerg Infect Dis 2013;19(10):1561-6.

Éditeurs scientifiques

  • Noni MacDonald, MD

Mise à jour : juin 2014

http://www.enfantsneocanadiens.ca/conditions/chagas
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