Guide pour les professionnels de la santé œuvrant
auprès des familles immigrantes et réfugiées

Adaptation et acculturation

Faits saillants

  • L’adaptation à un nouveau pays est un processus qui peut être divisé en quatre grandes étapes. Il est utile que vous sachiez à quelle étape du processus sont rendus vos patients néo-canadiens afin de les aider à se préparer aux défis qui les attendent ainsi qu’aux occasions qui se présenteront à eux. Il se peut que vous ayez à adapter certains messages de santé en fonction de l’étape à laquelle ils sont rendus dans le processus de réinstallation.
  • Le processus d’adaptation à la vie au Canada peut être amorcé de différentes façons en fonction de plusieurs facteurs : le pays d’origine des nouveaux arrivants, leur expérience d’immigration (pourquoi et comment ils sont venus ici) et leurs conditions de vie actuelles. Il existe de nombreuses ressources locales pour aider les familles à s’adapter. Il est important de les connaître et d’aiguiller les nouveaux arrivants vers les ressources offertes dans votre région, y compris les travailleurs sociaux et les organismes d’établissement.
  • Les néo-Canadiens font face à beaucoup de changements dans leur vie. Certains conservent des pratiques de soins qu’ils connaissent bien, comme des rituels de guérison ou des traitements traditionnels qui, dans bien des situations, peuvent s’avérer utiles. Par contre, leurs enfants et adolescents peuvent avoir honte de ne pas connaître la musique ou les émissions de télévision populaires et avoir du mal à s’habiller comme leurs nouveaux camarades. Soyez attentif à ce qu’ils connaissent bien et moins bien et offrez-leur des conseils amicaux ou aiguillez-les vers des groupes ou des services qui peuvent les aider.
  • Gardez l’esprit ouvert lorsque vous discutez avec de nouveaux arrivants. Assurez-vous toujours d’avoir compris leur message et leurs intentions et qu’ils aient saisi ce que vous leur avez dit. La peur de ne pas réussir à s’intégrer peut amener les nouveaux arrivants à acquiescer alors qu’en fait, ils n’ont pas pleinement compris ce que vous avez tenté de leur communiquer.
  • N’oubliez pas que beaucoup de nouveaux arrivants ont survécu à des circonstances extrêmement difficiles grâce à leur résilience. Le fait d’aider les nouveaux arrivants à reconnaître leurs propres forces et à les exploiter pleinement peut favoriser leur santé et leur adaptation.

Les nouveaux arrivants et leur histoire d’immigration

Les nouveaux arrivants au Canada sont un groupe extrêmement diversifié. Leur histoire d’immigration (pourquoi et comment ils sont arrivés au Canada) n’est qu’un facteur parmi tant d’autres qui influencent l’état de santé, mais il ne faut pas oublier que les déterminants sociaux, tels que l’éducation, le revenu, le logement et la sécurité alimentaire, jouent un rôle individuel. Voici deux différents scénarios :

  • Un frère et une sœur arrivent au Canada en provenance d’une ville cosmopolite d’Europe de l’Est. Leur mère est médecin et leur père, avocat. Leurs parents ont organisé et payé le processus d’immigration en entier et ils ont quitté leur pays uniquement pour offrir une vie meilleure à leurs enfants.
  • Un frère et une sœur nouvellement arrivés au Canada vivaient dans les montagnes de la Birmanie, où l’on parle chin. Leur mère est analphabète. Forcés de se cacher avec leur mère, ils ont vu leur père se faire battre à mort avant de fuir vers un camp de réfugiés à la frontière de la Thaïlande. Ils n’ont pas pu aller à l’école pendant qu’ils étaient au camp de réfugiés.

Même si l’expérience d’immigration semble bien se dérouler, comme celle de la famille d’Europe de l’Est, les immigrants rencontrent presque toujours des difficultés, dont la perte du statut, les nouveaux systèmes sociaux et la distance qui les sépare de leurs famille et amis. Souvent, les enfants sont parfaitement conscients des sacrifices de leurs parents et se sentent coupables.

L’expérience des membres de la famille birmane aura probablement des répercussions importantes sur leur santé et le temps qu’ils mettront à s’adapter. L’éducation des enfants a été interrompue, le père est décédé et la mère ne sait pas lire ni écrire dans sa langue maternelle. Ces enfants risquent de grandir dans la pauvreté. Le décès du père oblige peut-être le frère aîné à assumer le rôle de protecteur, de chef de famille et plus tard, de pourvoyeur. Par conséquent, son éducation risque d’être compromise.

Beaucoup de gens qui atteignent une frontière canadienne et demandent le statut de réfugié doivent ensuite s’engager dans un long processus de demande. En cas de refus, la crainte des conséquences d’un retour dans leur pays d’origine peut être si forte que les demandeurs décident de rester au Canada sans statut ni assurance-maladie. Le rejet de la demande et l’immigration clandestine ne sont que deux exemples de facteurs qui viennent compliquer l’expérience d’immigration : bien souvent, ils mènent à l’insécurité en matière de logement, à un faible revenu, à la crainte d’être découverts, à la menace d’expulsion et à l’accès limité aux soins de santé.

Les professionnels de la santé peuvent améliorer les traitements et mieux répondre aux besoins des nouveaux arrivants lorsqu’ils connaissent leur histoire d’immigration et la façon dont chaque expérience peut influencer leur statut actuel au Canada, leur état de santé, leur rétablissement et leur capacité de s’orienter dans le système de santé.

Quel est l’état de santé des nouveaux arrivants au Canada?

Certaines études démontrent que les immigrants néo-canadiens ont un meilleur état de santé autodéclaré et utilisent moins de services de santé que les Canadiens de souche.1,2 Toutefois, ce soi-disant « effet de l’immigrant en santé » est controversé et varie d’un groupe à l’autre. La grande majorité des néo-Canadiens ont choisi de venir s’établir au Canada, ont suivi toutes les étapes du processus d’immigration et ont réussi les examens médicaux obligatoires. Il n’est donc pas surprenant qu’ils semblent en santé, soient capables d’obtenir des soins au besoin et s’adaptent rapidement. Le problème est que ce ne sont pas tous les immigrants qui correspondent à ce profil.

Même si les réfugiés, en tant que groupe, font face à de plus grands obstacles que les autres nouveaux arrivants, ils présentent également l’effet de l’immigrant en santé. Toutefois, il est possible que leur état de santé soit véritablement différent, mais il se peut aussi que les réfugiés soient plus réticents à divulguer leurs renseignements personnels et qu’ils évitent d’utiliser les services de santé parce qu’ils ont de la difficulté à s’exprimer dans une des langues officielles ou n’ont pas d’assurance, ou encore pour d’autres raisons culturelles (p. ex., les perceptions de la santé, des soins de santé et de la maladie, la dynamique familiale ou les normes sociales). Apprenez-en plus sur les obstacles à l’accès aux soins de santé des nouveaux arrivants.

L’effet de l’immigrant en santé diminue avec le nombre d’années vécues au Canada. Ainsi, d’après leurs affirmations, les immigrantes non européennes subissent la plus importante détérioration de santé après leur arrivée au Canada, tandis que les hommes européens subissent la plus faible détérioration. On croit que cet effet pourrait être lié aux changements de régime alimentaire, de niveaux d’activité, de consommation de tabac ou d’alcool et de statut socio-économique.3-7 Il est également possible que les nouveaux arrivants soient plus susceptibles de signaler leurs symptômes et d’obtenir des soins plus tard au cours de leur adaptation, c’est-à-dire une fois qu’ils sont établis au Canada depuis un certain temps.

Même si de nombreux néo-Canadiens semblent plus en santé que le Canadien moyen lorsqu’ils arrivent au pays, il n’en demeure pas moins que certains ont été exposés à des maladies qui sont rares au Canada, mais fréquentes dans leur pays d’origine.8 Vous trouverez de plus amples renseignements sur ces maladies et sur leur dépistage ailleurs sur ce site et dans le document Evidence-based clinical guidelines for immigrants and refugees.

Adaptation, acculturation et identité raciale et ethnique

L’adaptation est le processus de changement qui s’opère lorsque l’on se trouve dans un nouvel environnement. L’adaptation est une composante de l’acculturation, qui fait référence aux changements dans la culture d’un groupe ou la psychologie des personnes qui interviennent dans un nouvel environnement ou en raison d’autres facteurs. Le développement de l’identité raciale et ethnique comprend l’identification et l’appartenance à un groupe précis et est associé à des résultats particuliers en matière de santé mentale et à des comportements liés à la santé.9

Les processus d’adaptation et de développement d’une identité raciale et ethnique sont complexes et non linéaires. Ils sont complexes parce qu’ils sont difficiles à mesurer et extrêmement variables. Ils sont non linéaires parce que le cheminement d’une étape à l’autre peut comporter tant des progrès que des retours en arrière, selon les facteurs de stress supplémentaires de la famille et la façon dont ils influencent l’identification à un groupe de pairs. Les modèles d’adaptation antérieurs qui ont influencé les pratiques et les politiques étaient considérés comme linéaires, puisque les immigrants étant considérés comme plus (ou moins) « acculturés » ou « assimilés ». Ces modèles ne sont plus acceptés.

Il est difficile de décrire un processus qui est complexe et non linéaire. Comment les gens qui se sont développés pleinement dans un certain contexte culturel vivent le changement et s’y adaptent lorsqu’ils se retrouvent dans un contexte complètement différent? Voici une description :10

Si la culture a une si grande influence sur les comportements, est-ce que les gens agissent de la même façon dans leur nouvel environnement que dans leur environnement antérieur, adaptent-ils leurs comportements à leur nouvel environnement ou la réalité est-elle plus proche d’un modèle complexe de continuité et de changement dans la façon dont les gens fonctionnent dans leur nouvelle société? La réponse fournie dans la psychologie interculturelle appuie clairement la troisième théorie.

La figure 1 montre les différentes réponses à l’acculturation, où l’importance de maintenir une culture « antérieure » s’harmonise à l’exposition et à l’adaptation à la « nouvelle » culture.10 Le « choix » d’une réponse plutôt qu’une autre peut changer, selon les facteurs de stress. Un modèle suggère quatre types d’acculturation :

  1. Assimilation : La culture d’origine est rejetée au profit de la nouvelle culture.
  2. Intégration : Une partie de la culture d’origine est préservée malgré l’adoption de la nouvelle culture.
  3. Séparation et ségrégation : La culture d’origine est préservée, tandis que la nouvelle culture est rejetée.
  4. Marginalisation : La culture d’origine et la nouvelle culture sont rejetées.

Figure 1: Stratégies d’acculturation

Stratégies d’acculturation

Source : Berry JW. Immigration, acculturation, and adaptation. Applied Psychology 1997;46(1):10.  Extrait utilisé avec autorisation.

Comparativement aux autres modèles d’acculturation, l’intégration est associée à :

  • des niveaux de stress plus bas et des niveaux de fonctionnement plus élevés chez les adultes;11
  • des taux plus bas de comportements à risque et une attitude plus positive à l’égard des professionnels de la santé chez les jeunes;12,13
  • de meilleurs résultats psychologiques et socioculturels chez les jeunes.9

La capacité des nouveaux arrivants de changer leur identité culturelle et de s’associer à des gens qui ne font pas partie de leur groupe ethnique aide à déterminer le succès de leur intégration dans leur nouvelle patrie. Par ailleurs, il a été démontré que les compétences sociales et l’estime de soi des enfants sont influencées à la fois par le modèle d’acculturation de leurs parents et par leur propre modèle.14

Étapes de la réinstallation

La réinstallation est considérée comme un type d’adaptation qui peut se diviser en trois étapes personnelles ou plus, selon différentes études sur l’adaptation.15 Citoyenneté et Immigration Canada décrit une évolution qui comprend quatre étapes courantes d’adaptation. Le fait de connaître ces étapes peut aider les professionnels de la santé à « situer » les nouveaux arrivants dans le processus d’adaptation pour ainsi mieux les aider à progresser d’une étape à l’autre.

L’expérience des nouveaux arrivants suit généralement cette trajectoire :

Étape 1 : Enthousiasme et fascination          

Peu avant et peu après leur arrivée au Canada :

  • Ils éprouvent un sentiment d’exaltation, de la confiance et de l’optimisme, et ils ont de grands espoirs;
  • Ils se concentrent sur les similitudes entre le Canada leur pays d’origine.

Étapes 2 : Désenchantement, émotions contradictoires, frustration et irritation

Dans les six mois suivant leur arrivée au Canada :

  • Ils éprouvent des frustrations et de la déception;
  • Ils portent davantage attention à ce qui les différencie des Canadiens;
  • Ils s’ennuient de leur famille, se sentent seuls et se sentent coupables d’avoir laissé des membres de leur famille.

Autant que possible, encouragez les nouveaux arrivants à s’intégrer en préservant leur culture d’origine tout en participant activement à la société canadienne.

Étapes 3 : Adaptation graduelle ou rétablissement

  • Ils ont l’impression d’être aux commandes de leur vie et éprouvent plus d’aisance;
  • Ils commencent à participer à la vie de leur collectivité;
  • Ils comprennent mieux comment s’adapter à la vie au Canada.

Étape 4 : Acceptation et adaptation

  • Ils se sentent plus à l’aise au Canada;
  • Ils se sont fait des amis et participent davantage à la vie de leur nouveau milieu;
  • Ils ont une meilleure compréhension de la façon de faire les choses au Canada.

S’adapter aux défis propres à la vie au Canada

Les nouveaux arrivants doivent continuellement s’adapter à de nombreux facteurs que ne remarquent pas les Canadiens de souche. Ces facteurs sont souvent des déterminants sociaux de la santé.

  • Langue : Les enfants apprennent généralement une nouvelle langue plus rapidement que les parents. Cette faculté peut les amener à servir d’interprètes pour les parents ou à assurer la liaison culturelle, rôle qui perturbe la dynamique normale parent-enfant. Il faut éviter de faire jouer le rôle d’interprètes aux enfants. D’ailleurs, toute communication par une « tierce partie » peut s’avérer délicate. Par exemple, dans un contexte de soins de santé, surtout lorsque les enfants servent d’interprètes, le patient et le dispensateur de soins peuvent omettre certaines questions qui devraient vraiment être examinées. De plus, un enfant peut se sentir inapte à assumer ce rôle. Apprenez-en plus sur le recours pertinent à un interprète.
  • Emploi : Il peut être difficile pour un nouvel arrivant de se trouver un emploi qui correspond à ses compétences et habiletés. Les néo-Canadiens peuvent être surqualifiés pour l’emploi qu’ils trouvent en raison des barrières linguistiques ou de la non-reconnaissance des titres de compétences. Par exemple, un immigrant qui était ingénieur dans son pays d’origine peut commencer à travailler au Canada en tant qu’agent de sécurité. Les nouveaux arrivants doivent souvent renouveler leur qualification ou retourner à l’école pour trouver un travail qui leur convienne au Canada. Le fait de s’ajuster à une perte du statut social et de s’y adapter peut être difficile pour les parents et les jeunes, même s’ils se sentaient préparés au changement.
  • Disparité des revenus : Les nouveaux immigrants sont plus susceptibles d’entrer dans la catégorie des travailleurs à faible revenu que les personnes nées au Canada.16 Les néo-Canadiens ont de la difficulté à atteindre le niveau de vie des Canadiens de souche, et les disparités économiques sont monnaie courante. Les enfants peuvent en vouloir à leurs parents et se sentir différents de leurs camarades parce qu’ils n’ont pas les moyens de s’offrir la télévision par câble, l’accès à Internet ou un téléphone cellulaire, ou parce qu’ils ne peuvent s’habiller ou participer aux mêmes activités que les autres enfants.
  • Rôles des sexes : Les couples peuvent devoir s’adapter à une nouvelle répartition des tâches, en particulier en ce qui concerne le revenu gagné et les travaux ménagers. Les enfants peuvent en vouloir à leur mère de travailler à l’extérieur de la maison. Certains enfants peuvent avoir à préparer les repas ou à s’occuper de leurs frères et sœurs, puisque les deux parents doivent travailler.
  • Climat : Les nouveaux arrivants qui proviennent de régions où le climat est tempéré doivent apprendre à s’habiller en fonction du climat canadien, savoir où se procurer des vêtements appropriés et avoir les moyens de se procurer des vêtements d’hiver. Ils doivent apprendre à habiller leurs enfants pour l’école avec des vêtements de saison et, dans certains cas, ils peuvent avoir besoin d’une aide financière.
  • École : Il est primordial d’évaluer la vitesse à laquelle les enfants s’adaptent à la langue, aux coutumes sociales et aux routines de leur nouvelle école. Une adaptation rapide est susceptible d’entraîner une saine confiance en soi, des compétences sociales et un bon rendement scolaire. Un enfant qui avait auparavant de bons résultats scolaires peut arriver au Canada et avoir de mauvaises notes en raison des difficultés linguistiques, du racisme ou d’autres facteurs. Il est donc important de cerner les difficultés d’adaptation de chaque enfant. Certains parents n’utilisent pas les services de soutien à l’éducation si ceux-ci sont différents de ceux offerts dans leur pays d’origine. Les enfants ayant des besoins particuliers doivent en plus être évalués dans une nouvelle langue et dans un nouveau contexte culturel. Il est utile de demander à un parent et à l’enfant en particulier comment ils s’adaptent au système scolaire, et de dégager les problèmes les plus importants. Donnez-leur les coordonnées des services scolaires et communautaires qui peuvent favoriser leur adaptation et la réussite scolaire de l’enfant. Apprenez-en plus sur le développement de l’enfant et maturité scolaire.
  • Normes sociales : Il peut s’avérer difficile pour les parents et les enfants de s’adapter aux valeurs et aux normes culturelles du Canada, comme les modes de vie, les croyances, la religion, la vie privée, l’éthique de travail, les perceptions du tabagisme et de la consommation d’alcool, les interactions sociales et le rythme de la vie urbaine, qui peuvent être beaucoup plus rapides ou lentes que celles qu’ils ont connues.
  • Sentiment de sécurité : Les nouveaux arrivants qui ont vécu dans des endroits non sécuritaires, comme des camps de réfugiés ou des pays où la violence était monnaie courante, peuvent avoir tendance à surprotéger leurs enfants ou à négliger leur protection. Leur évaluation du danger peut ne pas être adaptée à leur nouvel environnement. À l’opposé, certains nouveaux arrivants aboutissent dans des quartiers peu sécuritaires et ne pas savoir comment se protéger contre les dangers potentiels.
  • Protection de l’enfance : Le concept de protection de l’enfance peut être obscur pour certains néo-Canadiens, en particulier ceux qui utilisent les punitions corporelles (la fessée, les coups) pour discipliner les enfants. La Société canadienne de pédiatrie fournit des renseignements aux parents sur la discipline positive.
  • Logement : Les nouveaux arrivants à faible revenu sont susceptibles de vivre dans des maisons surpeuplées, des conditions déplorables et des quartiers dont les taux de criminalité et de pauvreté sont élevés.17 Les mauvaises conditions de logement peuvent comprendre un propriétaire difficile ou injuste et un quartier dangereux où les enfants sont exposés aux bandes criminelles, aux drogues et à la violence. Les enfants peuvent avoir honte de l’endroit où ils vivent, se sentir exclus socialement ou gênés d’inviter d’autres enfants chez eux. L’électricité, les appareils électroménagers et les factures de services publics peuvent être des éléments totalement nouveaux pour certaines familles.
  • Racisme : Certaines familles devront faire face à des préjugés. Les comportements racistes et discriminatoires visent souvent les accents étrangers, la difficulté à apprendre le français ou l’anglais, une particularité physique, le fait d’être immigrant ou le faible niveau d’alphabétisme d’un parent. Si vous vous informez au sujet des comportements racistes auxquels font face un enfant ou une famille, vous serez plus en mesure de les aider à les affronter.

Comprendre la santé, la maladie et le traitement

La compréhension des nouveaux arrivants des questions de santé peut influencer leur capacité à s’adapter au Canada et à assimiler la culture du pays. Pensez aux scénarios suivants :

  • Un patient croit qu’un traitement est inutile, puisque selon lui, la maladie était prédestinée.
  • Une patiente rejette un diagnostic de problème de santé mentale, puisque ce type de trouble est associé à une stigmatisation dans sa culture d’origine.
  • L’injection est le seul mode d’administration qu’une famille peut accepter, même s’il existe d’autres options.
  • Vous recommandez à un patient de changer certaines habitudes pour régler un problème de santé, mais la famille croit qu’il ne sert à rien de changer ces habitudes et vous demande de lui prescrire des médicaments ou de l’aiguiller vers une personne qui le fera.

Ces situations sont difficiles à gérer pour les professionnels de la santé. Il se peut que vous ayez à rencontrer la famille plusieurs fois et à essayer différents styles de communication pour réaliser des progrès ou atteindre un niveau de confiance assez élevé pour que les messages soient bien compris. Informez-vous davantage sur le contexte culturel et les perspectives sur la santé des nouveaux arrivants.

Vous trouverez ci-dessous quelques exemples de croyances culturelles. N’oubliez pas que ces perceptions de la santé et de la maladie peuvent varier énormément d’une culture à l’autre, alors faites attention de ne pas trop généraliser.

  • La médecine traditionnelle joue un rôle important dans de nombreuses cultures latines.18
  • Des Asiatiques du Sud-Est croient que certaines parties du corps sont sacrées, ou que les médecins et les médicaments peuvent tout guérir immédiatement.
  • Certains Vietnamiens croient que les patients sont eux-mêmes responsables de leur santé et de leurs soins. Par conséquent, ils n’ont pas recours aux services de soins.19
  • Certaines personnes sont fatalistes et croient que les maladies sont l’œuvre du « sort » ou du destin.20
  • Dans certaines cultures, il est inapproprié d’établir un contact visuel avec une personne en situation d’autorité, comme un professionnel de la santé, ou de lui poser des questions.
  • Certains patients ne savent pas qu’il est important d’obtenir rapidement les médicaments prescrits ou de prendre les médicaments de la manière prescrite.21

Ces différentes croyances peuvent influencer la santé des patients, par exemple l’acceptation ou le refus du diagnostic, leur manière de se comporter ou la mesure dans laquelle ils suivent les recommandations relatives au traitement.

Encouragez les familles néo-canadiennes à poser des questions sur le système de santé : de quelle manière il peut les aider et comment elles peuvent s’y repérer. Certains patients peuvent se sentir insatisfaits si vous ne leur prescrivez pas des médicaments ou chercher d’autres traitements non éprouvés qui peuvent comporter des risques pour leur santé. Pour en savoir plus, consultez la section des ressources et des références.

Apprenez-en plus sur les stratégies visant à prodiguer des soins adaptés à la culture, l’influence de la culture sur la santé et le recours efficace à des interprètes et des courtiers culturels.

Résilience

La résilience aide les nouveaux arrivants à s’adapter et réussir leur vie au Canada, malgré les difficultés auxquelles ils font face lorsqu’ils s’établissent. La résilience peut constituer un trait de personnalité inné ou être renforcée par l’expérience d’immigration. Imaginez la résilience que nécessite le fait de devenir chef de famille à 14 ans, de sacrifier son éducation parce que les rebelles ont mis le feu à la seule école ou de s’adapter lorsque le père déclare qu’il est temps de se marier.

Trois types de facteurs favorisent la résilience chez les enfants (consulter le Tableau 1) :

  1. Ceux que possède l’enfant, y compris les compétences et habiletés;
  2. Ceux qui font partie de l’environnement de l’enfant, soit le réseau communautaire;
  3. L’interaction entre les facteurs personnels et contextuels, comme la signification, les valeurs et la foi.

Les facteurs de protection peuvent aider les enfants et adolescents à établir et à préserver une image positive de soi, à réduire les facteurs de risque et à mettre fin aux réactions en chaîne négatives. Les personnes résilientes sont plus ouvertes aux nouvelles expériences et occasions, ce qui favorise encore plus la résilience. Des études ont démontré que les « liens culturels » sont un important facteur de protection pour les jeunes.22

Le rôle du professionnel de la santé pour reconnaître et maximiser ces types de facteurs de protection peut contribuer à accroître la résilience des familles et des enfants nouvellement arrivés et accélérer le processus d’adaptation.23

Tableau 1 : Facteurs favorisant la résilience

Compétences et habiletés

Facteurs liés aux réseaux

Signification, valeurs et foi

  • Intellect
  • Caractéristiques et force physiques et mentales
  • Stabilité émotionnelle
  • Tempérament
  • Habiletés pratiques
  • Habiletés sociales
  • Forces tirées des expériences ou des difficultés antérieures
  • Au moins un lien fort et sûr
  • Famille
  • Amis
  • Enseignants
  • Institutions communautaires
  • Liens culturels
  • Sens de la cohérence
  • Signification
  • Valeurs comme l’espoir, l’amour, l’honnêteté, l’amitié, la solidarité, la foi, la camaraderie, la prière
Source : Adapté de Resilience in a Cross-Cultural Perspective: How resilience is generated in different cultures (figure 1). Gunnestad A. Journal of Intercultural Communication 2006;11.

Quelques ressources

Aider les nouveaux arrivants à s’adapter

Aider les jeunes nouveaux arrivants à s’adapter

Adaptation et résilience

Références

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Autres ouvrages consultés

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Éditeurs scientifiques

  • Maureen Mayhew, MD

Mise à jour : avril 2013

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