Guide pour les professionnels de la santé œuvrant
auprès des familles immigrantes et réfugiées

L’obésité chez les enfants et les adolescents immigrants

Faits saillants

  • En général, l’immigration peut accroître le risque d’obésité. Plus la famille est installée au pays depuis longtemps, plus le risque est élevé, surtout si elle est dans une situation socioéconomique précaire.
  • Les facteurs sociaux, économiques et culturels, y compris l’acculturation, particulièrement l’acculturation alimentaire diététique, peuvent influer sur le risque d’embonpoint et d’obésité chez les jeunes nouveaux arrivants au Canada.
  • Certaines populations ethniques sont plus vulnérables aux conséquences médicales de l’obésité que d’autres qui ont le même indice de masse corporelle (IMC) ou dont l’indice est plus bas.
  • Les courbes de croissance de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) adaptées à l’âge et au sexe sont les meilleurs outils pour dépister l’embonpoint et l’obésité chez les enfants, y compris les jeunes nouveaux arrivants au Canada.
  • Dans le cadre des soins habituels, les cliniciens devraient donner des conseils aux patients sur la prévention l’obésité en maintenant un régime sain, en faisant de l’activité physique régulièrement et en adoptant de bonnes habitudes de sommeil.
  • Il faudra mener plus de recherches pour appuyer des recommandations précises afin de prévenir l’obésité, d’intervenir si elle se manifeste et de la traiter chez les enfants immigrants et réfugiés.

Les facteurs de risque

Plusieurs facteurs de risque semblent prédisposer les jeunes nouveaux arrivants au Canada à l’embonpoint et à l’obésité, soit :

  • l’immigration elle-même,1
  • la durée de résidence dans le pays hôte,2,3
  • le degré d’acculturation au mode de vie occidental ou pour adopter ce mode de vie,4,5
  • les prédispositions génétiques,6-8
  • l’ethnie,9-11
  • les normes culturelles,12,13
  • la situation socioéconomique,14
  • l’insécurité alimentaire.15,16

Des facteurs comme l’ethnie et la situation socioéconomique influent également sur l’augmentation du risque d’embonpoint et d’obésité au fil du temps.3

L’acculturation et la période écoulée depuis l’immigration

Dans l’ensemble, les enfants immigrants de première génération semblent moins vulnérables à l’obésité que les enfants nés dans le pays hôte.3,17 Cependant, le risque d’obésité semble augmenter avec l’acculturation4,5,18 et la période écoulée depuis l’immigration.2,3 Il peut être important que les dispensateurs de soins insistent rapidement sur la prévention de l’obésité.3 Le biculturalisme (être engagé à la fois dans la culture d’origine et la nouvelle société) semble avoir un effet protecteur contre l’obésité par rapport à l’acculturation complète dans la nouvelle culture.19,20 Plus d’information sur l’acculturation alimentaire et la transition nutritionnelle figure à la rubrique Quelques ressources.

La prédisposition génétique

Le caractère héréditaire de l’obésité varie considérablement entre les individus (elle peut atteindre les 60 % à 80 %) et peut influer sur des facteurs comme la répartition du tissu adipeux et l’excès de poids ou de graisse corporelle. On pense que la plupart de ces facteurs sont responsables de l’obésité seulement lorsque les conditions environnementales sont propices.8 Dans un environnement adipogénique, l’épigénétique peut contribuer à l’obésité.6-8

L’ethnie

Certaines populations, y compris les peuples asiatiques, indiens d’Asie, afro-américains, autochtones et mexicains, sont plus vulnérables à l’obésité.10,11,21,22 Même s’ils ont le même indice de masse corporelle (IMC) ou si leur indice est plus faible, certaines personnes sont plus exposées aux complications médicales lorsqu’elles sont obèses. Par exemple, les ressortissants d’Asie du Sud-Est sont plus enclins à l’obésité abdominale que les autres groupes ethniques.23

Les normes culturelles

Les normes culturelles du pays d’origine de l’enfant peuvent influer sur son risque d’obésité après l’immigration.12 Par exemple, en Afrique subsaharienne, une forte corpulence est considérée comme une marque de statut social, de santé et de succès. La minceur est souvent associée à la pauvreté et à la mauvaise santé.13,24 La consommation d’aliments frits et de boissons gazeuses est parfois considérée comme une marque d’affluence, tandis qu’un régime de légumes, de fruits et de légumineuses est perçu comme moins souhaitable.13 Les aspects plus délétères du régime occidental sont diffusés partout dans le monde, ce qui explique partiellement la pandémie d’obésité qui existe même dans les pays en développement.25

La situation socioéconomique

Dans les pays en développement, l’embonpoint et l’obésité s’associent clairement à une situation socioéconomique (SSÉ) précaire. Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer ce phénomène :14,16,26,27

Quand on est réfugié… on mange ce qu’on trouve, ce qui est responsable d’une mauvaise alimentation… Ils ne se préoccupent pas d’une saine alimentation, ils mangent le gras, le sucre. C’est ça le problème. »16 (Citation d’un réfugié africain)

  • En raison d’horaires de travail irréguliers et de l’absence de moyens financiers et de moyens de transport, il se peut que l’enfant n’ait pas tellement la possibilité de participer à des activités parascolaires et que la famille ne puisse pas vraiment participer à des activités communautaires ou avoir accès et préparer des aliments nutritifs.
  • Les enfants qui habitent dans une communauté à faible revenu sont plus susceptibles d’avoir un accès limité à des aliments sains, à des terrains de jeu extérieurs sécuritaires ou à des installations de loisirs. Ils peuvent passer plus de temps à être sédentaires à l’intérieur, à regarder la télévision ou à jouer à des jeux vidéo.
  • Les aliments riches en calories et faibles en valeur nutritive (y compris les aliments de restauration rapidesont souvent moins coûteux que les choix plus sains.

Les familles immigrantes sont plus susceptibles de connaître la pauvreté que les Canadiens de naissance.28 Le risque d’embonpoint et d’obésité augmente au fil du temps chez les enfants récemment arrivés au Canada, dont la SSÉ est précaire et qui arrivent d’un pays à faible revenu.26 Cette relation semble provenir de l’insécurité alimentaire qu’a vécue la famille par le passé15,16 et de son degré d’acculturation aux nouvelles normes dans un contexte socioéconomique précaire.26 Les enfants réfugiés sont particulièrement vulnérables, parce qu’ils risquent davantage de vivre dans la pauvreté.

L’insécurité alimentaire

L’importance des privations qu’ont connu les parents dans leur pays d’origine,26 notamment l’insécurité alimentaire, est un facteur de risque d’obésité chez leurs enfants.15,16 Cette expérience de l’insécurité alimentaire, associée aux normes culturelles antérieures à l’immigration, peut contribuer à faire croire q’un enfant gras est un enfant en santé.27 Chez les parents qui ont connu l’insécurité alimentaire dans leur pays d’origine, on constate une préférence pour les enfants plus corpulents et des habitudes alimentaires moins saines (p. ex., plus grande consommation de boissons gazeuses et de bonbons), qui n’est pas reproduite dans les familles qui ont connu la pauvreté sans souffrir d’insécurité alimentaire.15

Le dépistage et l’évaluation de l’obésité

Les jeunes nouveaux arrivants au Canada devraient subir le même dépistage de l’embonpoint ou de l’obésité que les enfants d’origine canadienne : en utilisant les percentiles d’IMC chez les enfants de deux ans et plus et les percentiles du rapport poids-taille ou le pourcentage du poids santé chez les enfants plus jeunes.29

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié des indicateurs de croissance standards en 2010, ses courbes de croissance étant fondées sur des enfants provenant de six pays (les États-Unis, la Norvège, le Brésil, l’Inde, le Ghana et Oman) afin de présenter un reflet optimal de la population mondiale. Cependant, les populations asiatiques et du sud-ouest du Pacifique n’y étaient pas représentées. Puisqu’un fort pourcentage d’immigrants au Canada proviennent d’Asie, les praticiens préféreront peut-être consulter d’autres mesures lorsqu’ils procéderont au dépistage des enfants fraîchement arrivés de cette région (voir la rubrique Quelques ressources). De plus, la courbe de croissance du poids par rapport à l’âge de l’OMS ne dépasse pas dix ans. Ainsi, les praticiens voudront peut-être consulter les courbes de croissance du Groupe canadien d’endocrinologie pédiatrique lorsqu’ils procéderont au dépistage d’enfants de plus de dix ans.30

L’IMC est facile à utiliser, mais ne tient pas nécessairement compte de la graisse corporelle, particulièrement dans certaines ethnies. En effet, il existe des seuils d’IMC et de tour de taille adaptés aux diverses ethnies pour les adultes, mais pas pour les enfants.11,31,32 Au moment d’interpréter l’IMC, il faut se rappeler que certaines populations ethniques ont tendance à présenter des complications médicales à un IMC plus faible que celui des personnes de race blanche.10,11,21

Le tour de taille est une autre mesure qui peut aider les cliniciens à repérer l’obésité et à quantifier le futur risque métabolique. Cependant, puisque les valeurs seuils et l’utilité clinique de cette mesure ne sont pas établies chez les enfants, on ne peut pas la recommander pour l’instant.

Le dépistage du diabète, de l’hypertension et de l’hypercholestérolémie

Les publications ne proposent pas de recommandations fondées sur des données probantes relatives au dépistage métabolique chez les enfants immigrants et réfugiés. Cependant, il existe des lignes directrices canadiennes (en anglais)32 et américaines33 sur le sujet, qui peuvent constituer une référence utile lors du dépistage des enfants récemment arrivés au Canada.

Le lipidogramme : Un enfant qui fait de l’embonpoint ou qui est obèse devrait subir un dépistage à dix ans ou plus.32,34 S’il présente d’autres facteurs de risque, tels que des maladies cardiovasculaires ou une dyslipidémie familiales, le dépistage devrait être effectué lorsqu’il est plus jeune.

L’hypertension : Tous les enfants devraient faire vérifier leur tension artérielle une fois l’an, dès l’âge de trois ans. Il existe des seuils diagnostiques d’hypertension, en anglais. Si le problème d’hypertension est confirmé, il faut procéder à des examens et à une prise en charge convenables.

Le diabète de type 2 : L’Association canadienne du diabète recommande un dépistage tous les deux ans au moyen de la glycémie plasmatique à jeun chez les enfants qui présentent l’un ou l’autre des éléments suivants :35

Au moins trois facteurs de risque chez les enfants non pubères ou au moins deux facteurs de risque chez les enfants pubères

  1. Obésité (IMC ≥95e percentile selon l’âge et le sexe)
    • Ethnie à plus haut risque (p. ex., origine autochtone, africaine, asiatique, hispanique ou sud-asiatique)
    • Antécédents familiaux de diabète de type 2 ou exposition à l’hyperglycémie in utero
    • Signes ou symptômes d’insulinorésistance (y compris l’acanthosis nigricans, l’hypertension, la dyslipidémie, la stéatose hépatique non alcoolique [ALT plus de trois fois la limite supérieure de la normale ou stéatose hépatique à l’échographie], le syndrome des ovaires polykystiques)
  2. Anomalie de la glycémie à jeun ou de la tolérance au glucose
  3. Utilisation d’antipsychotiques atypiques

De l’information plus détaillée sur ces tests est offerte dans les Lignes directrices canadiennes sur la prise en charge et la prévention de l’obésité. Il n’y a pas de test de dépistage ciblé pour les enfants immigrants et réfugiés.

Le dépistage des troubles de santé mentale

L’embonpoint ou l’obésité peut nuire à la santé mentale et au bien-être d’un enfant ou d’un adolescent et avoir un effet sur sa vie familiale. Une mauvaise estime de soi, la dépression, l’intimidation, l’insomnie et les troubles de comportement ne sont que quelques-uns des exemples courants et souvent récurrents des conséquences possibles de l’obésité. Les dispensateurs de soins doivent être à l’affût de ces effets, s’en informer auprès de leurs jeunes patients et les orienter vers des services de soutien, au besoin. Plus d’information sur la promotion de la santé mentale chez les enfants et les adolescents immigrants et réfugiés figure dans le présent site Web.

La prévention de l’obésité

Les mesures de prévention de l’obésité sont peu étudiées chez les jeunes immigrants. Les recommandations sont les mêmes que chez les enfants nés au Canada et sont axées sur l’amélioration du régime alimentaire et l’augmentation de l’activité physique et du sommeil. Chacun profitera d’habitudes plus saines, quelles que soient sa morphologie et sa taille. Il est important de rappeler au patient que la santé et le poids ne signifient pas la même chose. Les professionnels de la santé doivent :

  • promouvoir un mode de vie plus sain et plus actif pour tous.
  • pour les familles d’immigrants et de réfugiés, faciliter l’accès aux soins et le respect des conseils préventifs. Des suggestions pour vaincre ces obstacles, y compris des conseils adaptés à la culture, sont présentées dans les rubriques ci-dessous.
  • fournir un environnement sécuritaire, sans préjugés ou discrimination liés au poids.
  • conseiller les parents sur la meilleure manière de stimuler l’estime de soi et l’image corporelle de leur enfant.

L’amélioration du régime alimentaire

Les efforts pour améliorer la qualité et la quantité de la consommation alimentaire de la famille de nouveaux arrivants peuvent se fonder sur le Guide alimentaire canadien, qui est offert en plusieurs langues et qui suggère de nombreux aliments « ethniques ». Envisagez de suggérer aux jeunes nouveaux arrivants des modifications nutritionnelles qui respectent les coutumes d’alimentation traditionnelles (p. ex., remplacer le riz blanc par du riz brun, faire cuire les aliments au four plutôt que les faire frire, utiliser de l’huile d’olive au lieu d’autres graisses à cuisson).12 Il peut être utile d’avoir de l’information sur les aliments courants et les pratiques alimentaires dans divers pays.

Parmi les recommandations plus précises, soulignons :36,37

  • l’allaitement exclusif jusqu’à six mois et la poursuite de l’allaitement, accompagné d’aliments complémentaires, jusqu’à au moins deux ans.
  • l’introduction d’aliments complémentaires riches en fer à compter d’environ six mois.
  • après six mois :
    • continuer d’allaiter.
    • limiter les quantités de préparations lactées ou de lait à 450 mL à 600 mL (15 oz à 20 oz) par jour.
    • limiter les quantités de jus à 120 mL (4 oz) par jour, et toujours préférer l’eau au jus.
    • limiter la quantité de sel et de sucre dans les aliments.
    • servir des aliments préparés à la maison et limiter la consommation d’aliments de restauration rapide.
    • respecter les variations normales de l’appétit. Éviter d’insister pour que l’enfant termine sa collation ou son repas (mais éviter de le laisser grignoter entre les repas).
    • proposer une portion adaptée à l’âge.
    • ne pas utiliser les aliments comme punition ou récompense.
  • manger ensemble, avec la famille et les amis.
  • éviter de manger devant la télévision.

L’activité physique

La Société canadienne de pédiatrie (SCP) a publié un document de principes sur des stratégies adaptées à l’âge pour favoriser l’activité physique et réduire les comportements sédentaires (particulièrement le temps passé devant un écran) chez les enfants et les adolescents.38 Il est bon d’encourager la participation familiale à des activités communautaires ou culturelles (p. ex., la danse traditionnelle) ou à des activités sportives qui sont populaires partout dans le monde (p. ex., le soccer).12 Aucune recommandation ne s’adresse particulièrement aux enfants immigrants et réfugiés, mais le site de Statistique Canada présente des données intéressantes sur le taux d’activité physique au sein des groupes d’immigrants.

Le sommeil

De bonnes habitudes de sommeil peuvent contribuer à ce que les autres habitudes, telles que l’heure des repas, deviennent plus prévisibles et régulières. Des enfants et des adolescents bien reposés auront plus d’énergie positive à consacrer à l’activité physique. Des heures de sommeil réduites pendant la petite enfance et l’enfance s’associent à un risque d’obésité plus élevé.7,39

Surmonter les obstacles pour obtenir des soins préventifs

Les familles d’immigrants et de réfugiés peuvent affronter les obstacles suivants à l’obtention de soins préventifs :

  • Des problèmes socioéconomiques : Les immigrants récents sont plus susceptibles de faire partie des petits salariés que les Canadiens de naissance,28 au moins pendant les premières années suivant leur arrivée. Cette situation peut s’associer à de multiples difficultés :
    • L’accès à des jeux extérieurs ou à des lieux communautaires sécuritaires
    • De l’argent pour les déplacements, ce qui a des conséquences sur l’accès à des aliments nutritifs et à des activités récréatives
    • La capacité de planifier l’heure des repas familiaux ou d’accéder à un soutien social
    • Le contrôle des choix alimentaires, particulièrement s’ils habitent avec des membres de leur famille
  • Des problèmes de langue : Envisagez de faire appel à un interprète professionnel. Vous trouverez plus d’information sur le moment et la manière de recourir à des interprètes dans un autre module du présent site.
  • Les influences culturelles et l’expérience de migration
    • Les conseils nutritionnels peuvent se situer au bas de l’échelle des priorités d’une famille immigrante qui cherchent à se trouver un logement, un emploi et un soutien social, surtout s’il n’y a pas de lignes directrices sur le sujet dans leur pays d’origine. Des aliments sains, accessibles et abordables peuvent leur être encore étrangers.13
    • Les pays aux ressources limitées ont tendance à disposer de moins de programmes de prévention de l’obésité qu’au Canada. Ne présumez jamais qu’un jeune nouveau arrivant a fait l’objet d’un dépistage de l’obésité ou a reçu des conseils à ce sujet dans son pays d’origine.
    • Les parents récemment arrivés au pays sont moins susceptibles d’avoir accès à des soins préventifs. Ils connaissent peut-être peu les concepts, la disponibilité et les avantages des soins préventifs et ne consultent un professionnel de la santé que s’ils ont des problèmes médicaux précis. Il est essentiel d’aider les familles à se retrouver dans le système de santé canadien pour qu’ils obtiennent des soins adaptés à la culture. Il est bon de favoriser la continuité en prévoyant des rendez-vous de suivi. Il est possible de consulter d’autre information sur la manière d’améliorer l’accès aux soins pour les nouveaux immigrants dans un autre module du présent site.
    • Les croyances culturelles à l’égard de la nutrition, de l’exercice et d’un poids santé peuvent différer de celles du praticien, ce qui peut influer sur la perception et la communication. Il est possible de consulter d’autre information sur la manière de corriger les lacunes en matière de soins adaptés à la culture dans un autre module du présent site.

« Il sera pratiquement inutile de se contenter de donner des conseils aux parents et aux enfants sur le contrôle du poids dans un milieu qui s’oppose au respect des recommandations pour une saine alimentation et pour l’activité physique. »27

Ce que les professionnels de la santé peuvent faire

Demandez aux parents leurs points de vue sur les aliments, l’alimentation et le poids, afin de mieux comprendre les croyances de la famille et de contribuer à négocier un plan de prévention ou de traitement. Par exemple :

  • Informez-vous des antécédents familiaux. Dans bien des cultures, l’obésité n’est pas considérée comme une maladie. Si les privations sont la norme dans leur pays d’origine, les parents peuvent maintenir des pratiques qui favorisent la prise de poids.15
  • Évaluez les connaissances et les croyances des parents au sujet de la santé et des maladies des enfants en obtenant leur « modèle explicatif ». Cette approche peut fournir de l’information précieuse sur leurs perceptions de l’obésité et d’autres problèmes de santé Les parents n’ont peut-être pas conscience des risques de l’obésité ou de l’importance de respecter un régime thérapeutique. Ils peuvent penser que l’enfant perdra son embonpoint en grandissant ou que des modifications au mode de vie n’y changeront pas grand-chose.12
  • Explorez et évaluez le soutien social, les rôles et responsabilités de la famille et la volonté des parents à adopter le changement. Les membres de la famille élargie peuvent jouer un rôle important, surtout s’ils résistent aux efforts des parents à gérer le régime alimentaire ou qu’ils les remettent en question. Envisagez de demander qui s’occupe de l’enfant en l’absence des parents, qui prépare les repas de l’enfant, qui vit avec lui.12,27
  • Informez-vous des pratiques d’allaitement ou d’alimentation au biberon, selon le cas, et de l’introduction des premiers aliments complémentaires (quoi et quand).12
  • Évaluez la consommation de glucides et de boissons de la famille ainsi que leur qualité nutritionnelle et évaluez l’acceptabilité de remplacer certains aliments.12 L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture propose des renseignements utiles sur les aliments courants et les pratiques alimentaires dans divers pays.
  • Évaluez les attitudes des parents envers le régime alimentaire, le sommeil, les médias (p. ex., la télévision), l’activité physique et la corpulence des enfants.12 Il se peut que les parents accordent plus d’importance aux travaux scolaires et au temps passé en famille qu’aux activités communautaires ou aux sports organisés, et n’ont peut-être pas pleinement conscience des bienfaits de l’activité physique.40

Le modèle LEARN est un cadre d’enseignement des compétences culturelles orienté sur l’action et axé sur ce que peuvent faire les dispensateurs de soins.

  • Écouter (Listen) avec sympathie et comprendre la perception que le patient a d’un problème.
  • Expliquer vos perceptions d’un problème.
  • Reconnaître (Acknowledge) les différences et les similarités et en discuter.
  • Recommander un traitement.
  • Négocier une entente.

Consultez le module sur les compétences culturelles du présent site pour obtenir plus d’information sur la prise d’une anamnèse complète auprès des familles immigrantes et réfugiées.

Le traitement de l’obésité

Il faudra effectuer plus de recherches sur l’efficacité des diverses thérapies nutritionnelles pour contrer l’obésité chez les enfants et les adolescents, notamment auprès des groupes et cultures ethniques.24,32 Les cliniciens devraient respecter les directives cliniques canadiennes (en anglais) sur le sujet.

Il est important d’adopter une approche axée sur la famille et un milieu de vie favorable pour encourager et renforcer les modifications au mode de vie.12 Les praticiens peuvent  envisager des conseils thérapeutiques et une thérapie comportementale auprès des familles et assurer un suivi dans les cas complexes.38 (Il peut être utile de coordonner les services de garde ou les programmes scolaires). Il est souvent essentiel d’aborder les éléments stressants pour la santé mentale afin d’offrir un traitement global et un soutien des patients.

Conclusion

D’après les études, le risque d’embonpoint ou d’obésité chez les immigrants augmente proportionnellement à la période passée dans le pays d’adoption,2,3,5 tout comme les conséquences à long terme des maladies qui l’accompagnent, telles que le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires.16

Capsule

Ali, un bébé de dix mois accompagné de sa mère, arrive à son premier rendez-vous au Canada. Sa famille a émigré du Liban un mois auparavant et ses membres sont désormais des résidents permanents. Le père d’Ali est à la recherche d’un emploi.

Les antécédents familiaux révèlent la présence d’une hyperlipidémie sans obésité du côté paternel.

Même si la grossesse et l’accouchement à terme d’Ali se sont déroulés sans histoire, la mère d’Ali a suivi les conseils de ses amies et a arrêté d’allaiter au bout de seulement une semaine. Elle a commencé à le nourrir à l’aide d’une préparation lactée pour nourrisson, qu’elle croyait plus pratique et plus « moderne ».

Ali boit environ 750 mL (25 oz) de lait entier par jour et 480 mL (16 oz) de jus par jour. Il a commencé à prendre des céréales et des fruits, mais refuse les légumes et la viande. Lorsque vous lui posez des questions, la mère confie qu’elle craint de sortir Ali dans le froid de l’hiver. Vous observez qu’il est trop habillé pour les conditions météorologiques actuelles. L’examen clinique et les courbes de croissance (poids, taille et rapport poids-taille entre le 3e et le 85e percentiles) sont normaux.

Points d’apprentissage

  • Le lait maternel est le meilleur aliment que l’on puisse offrir à un bébé et peut contribuer à prévenir l’obésité chez les enfants. Santé Canada et la SCP recommandent l’allaitement exclusif jusqu’à six mois. L’allaitement peut se poursuivre jusqu’à au moins deux ans. Les bébés ne devraient pas commencer à manger des aliments solides avant six mois. Il est possible d’obtenir d’autre information sur la promotion de l’allaitement chez les mères immigrantes dans un autre module du présent site.
  • La vitamine D et le fer sont essentiels pour une croissance et un développement sains. La SCP fournit de l’information pour les parents sur la vitamine D et le fer.
  • Il faut donner des conseils nutritionnels qui respectent les coutumes d’alimentation traditionnelles. La SCP et Santé Canada proposent de l’information pour les parents à ce sujet.
    • Il est bon de commencer par réduire la consommation de jus.
  • Il faut encourager les activités familiales et les jeux extérieurs.
  • Les cliniciens doivent utiliser les courbes de croissance de l’OMS (0 à 2 ans) pour évaluer les enfants correctement.

Capsule

Lorsque vous voyez Ali la fois suivante, il est malade. À quatre ans et demi, il est sur le point de commencer la maternelle. Sa mère dit qu’il est en très bonne santé, mais il fait maintenant de l’embonpoint d’après les courbes de santé de l’OMS.

Les antécédents nutritionnels révèlent qu’Ali est devenu un « mangeur difficile » et que sa famille a vraiment dû l’encourager à manger entre deux et trois ans. À l’heure actuelle, il mange peu au déjeuner (un verre de jus, une rôtie recouverte de tartinade de chocolat à la noisette). Il est tout aussi difficile à la garderie, où il n’aime pas les légumes, les salades et les fruits, et il préfère beaucoup les sucreries à la maison (pâtisseries libanaises et crème glacée). À la maison, Ali grignote constamment. Il préfère les aliments occidentaux de restauration rapie au taboulé, au mezze et aux shish kebab maison. Les jus et les boissons gazeuses sont ses boissons favorites. La mère d’Ali est déçue de certains de ses choix, mais est heureuse qu’il s’adapte si bien à son nouveau pays.

En général, il préfère rester à l’intérieur pour jouer à des jeux vidéo.

Points d’apprentissage

Capsule

Le suivi suivant a lieu lorsqu’Ali a 11 ans, alors qu’il a subi une blessure mineure à la jambe après avoir été victime d’intimidation dans la cour d’école. D’après les courbes de l’OMS pour l’IMC, il est désormais cliniquement obèse. Sa tension artérielle est de 135/85.

Points d’apprentissage

  • Il faut procéder au dépistage métabolique du diabète et de l’hypercholestérolémie, conformément aux directives canadiennes, en anglais.
  • Vérifier l’hypertension. Les National Institutes of Health des États-Unis proposent un document de qualité sur le diagnostic, l’évaluation et le traitement de l’hypertension chez les enfants, en anglais.
  • Adopter un plan thérapeutique et envisager de donner des conseils axés sur la famille au sujet des facteurs de risque liés à l’obésité. Utiliser des entrevues motivationnelles et des approches multidisciplinaires pour renforcer les nouveaux messages sur la santé et les modifications au mode de vie.
  • Orienter Ali et ses parents vers des ressources communautaires sur l’intimidation et encourager les discussions au sujet de ce problème avec la direction de l’école.
  • Déterminer les éléments stressants de la vie familiale (surtout d’ordre économique) et mettre la famille en contact avec les services locaux pertinents qui offrent du soutien. L’orienter vers les programmes communautaires destinés aux familles immigrantes et réfugiées proposées dans le présent site.
  • La SCP propose plus d’information sur les aspects psychosociaux de l’obésité chez les enfants et les adolescents.
  • Organiser des visites de suivi régulières et consigner les progrès vers l’atteinte d’un poids plus sain et des modifications au mode de vie.

Quelques ressources

Information pour les parents

Autres mesures de la croissance

Même si les courbes de croissance de l’OMS sont les seules à être officiellement recommandées, d’autres peuvent être utiles. Plus d’information est fournie à ce sujet dans le site http://adoptmed.org/topics/growth-charts.html, en anglais seulement.

Références

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Éditeurs scientifiques

  • Julie Bailon-Poujol, MD
  • Élisabeth Rousseau Harsany, MD
  • Danielle Grenier, MD

Mise à jour : août 2014

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