Guide pour les professionnels de la santé œuvrant
auprès des familles immigrantes et réfugiées

Le saturnisme

Faits saillants

  • Les enfants réfugiés et ceux issus de l’adoption internationale, surtout s’ils viennent de pays pauvres en ressources, peuvent présenter une plombémie élevée à leur arrivée au Canada.
  • Les enfants immigrants et réfugiés peuvent également être exposés au plomb après leur arrivée au Canada.
  • Les sources de plomb peuvent provenir d’une contamination environnementale, d’ustensiles de cuisson, de cosmétiques et d’aliments.
  • L’exposition au plomb peut ne provoquer aucuns symptômes, produire des symptômes vagues et chroniques ou causer des symptômes aigus.
  • L’indice de suspicion d’exposition au plomb doit être élevé auprès des enfants nouvellement arrivés au pays. Il faut procéder au dépistage le plus rapidement possible après leur arrivée et, idéalement, reprendre le dépistage de trois à six mois plus tard si on constate des facteurs de risque ou de l’anémie.

Le plomb chez les jeunes nouveaux arrivants

L’exposition au plomb est source d’inquiétude chez les jeunes nouveaux arrivants au Canada, particulièrement chez les enfants réfugiés et ceux issus de l’adoption internationale. Ces jeunes demeurent vulnérables à une plombémie élevée et à un saturnisme malgré les taux en décroissance observés chez les enfants nés en Amérique du Nord.

Puisque les symptômes de saturnisme peuvent se manifester de diverses façons, un indice de suspicion élevé s’impose. Il est impératif d’assurer une prévention primaire par rapport à l’exposition au plomb chez les enfants, car ses effets néfastes sur la cognition et sur la fonction cardiovasculaire, immunologique et endocrinienne peuvent être irréversibles.1

Ainsi, aucun seuil de faible plombémie n’est considéré comme « sécuritaire »2. D’ailleurs, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis ont récemment abaissé leur seuil de réaction de 10 μg/dL ou plus (0,48 μmol/L ou plus) à 5 μg/dL ou plus (0,24 μmol/L ou plus). Ce seuil découle de données probantes selon lesquelles une plombémie inférieure à 10 μg/dL a des effets néfastes sur la fonction cognitive, cardiovasculaire, immunologique et endocrinienne. Selon les CDC, une plombémie de 5 μg/dL ou plus devrait déclencher des mesures d’éducation, des enquêtes dans l’environnement et une surveillance médicale accrue.1

L’épidémiologie

La distribution, les sources et les taux d’empoisonnement au plomb varient selon les pays et au sein de chacun d’eux. Le fardeau le plus élevé s’observe dans les pays à faible revenu. En effet, 90 % des enfants ayant une plombémie élevée habitent dans des régions à faible revenu.3 Dans une analyse, 57 « points chauds » d’empoisonnement environnemental par le plomb chez les enfants ont été recensés dans le monde4 (voir la figure 1). Cependant, puisque les données sont limitées, ce nombre pourrait être beaucoup plus élevé. Le nombre et les lieux exacts évoluent également au fil du temps.

Figure 1: Mappemonde de la plombémie moyenne chez les enfants, évaluée dans des études publiées de 2000 à 2010

Figure 1 : Mappemonde de la plombémie moyenne chez les enfants, évaluée dans des études publiées de 2000 à 2010

Remarque: Les numéros indiqués sur la mappemonde correspondent aux références indiquées dans l’article original. Plombémie médiane (μg/dL.

Source: Clune AL, Falk H, Riederer AM. Mapping global environmental lead poisoning in children. J Health Pollution 2011;1(2):14-23.

Les sources de plomb varient selon la région du monde, mais peuvent inclure l’essence au plomb, les piles usagées, la peinture à base de plomb, les casseroles et les cosmétiques.4-11 Les réfugiés y sont plus vulnérables lorsque leur camp est installé sur un site contaminé ou à proximité d’un tel site.12 Le ministère de la Santé de l’État de New York présente de l’information utile sur les sources de plomb, en anglais.

La plombémie des enfants nés en Amérique du Nord a diminué de façon constante ces dernières années,1,13 mais les enfants réfugiés peuvent présenter une plombémie plus élevée que la normale à leur arrivée au Canada. On possède peu de données sur l’exposition au plomb des enfants néo-canadiens. Cependant, selon des données américaines, les taux d’exposition au plomb sont élevés chez les enfants réfugiés.14,15 Par exemple, la prévalence de plombémie élevée chez les enfants réfugiés de moins de six ans qui arrivent aux États-Unis (2002 à 2007) était huit fois plus élevée que le taux national.15 La sensibilisation aux risques de saturnisme après l’immigration a augmenté lorsqu’un enfant soudanais est décédé cinq mois après son arrivée aux États-Unis parce qu’il avait ingéré des croûtes de peinture dans une vieille maison.16 Les nouveaux arrivants s’établissent souvent dans des quartiers pauvres, à proximité de sources de plomb dans l’environnement.14 Au Canada, le fait d’habiter dans de vieux logements peut accroître l’exposition au plomb. En effet, la tuyauterie en plomb est demeurée en usage jusque dans les années 1950 et la peinture à base de plomb, jusqu’en 1976.17

Les facteurs de risque et les sources d’exposition

L’exposition au plomb peut se produire avant et après la migration :1,4-11

  • Exposition dans l’environnement avant la migration : Les enfants, notamment s’ils proviennent d’un pays à faible revenu, risquent d’avoir été exposés au plomb dans l’environnement avant la migration, provenant de sources comme la peinture à base de plomb, les piles, les cosmétiques et les ustensiles de cuisson qui contiennent du plomb.
  • Exposition dans l’environnement après la migration : Les familles de nouveaux arrivants peuvent s’installer près d’une zone industrielle ou habiter dans un vieux logement, tout en continuant d’utiliser les produits contaminés par le plomb en provenance de leur pays d’origine (p. ex., thérapies traditionnelles, aliments ou cosmétiques importés).

Un enfant malnutri est peut-être plus vulnérable à l’absorption de plomb. Les enfants réfugiés, notamment, sont souvent malnutris. Leur régime peut longtemps avoir été faible en éléments nutritifs qui protègent contre le saturnisme, tels que le fer et le calcium, ce qui accroît l’absorption de plomb par l’intestin.

Les sources courantes d’exposition au plomb chez les enfants s’établissent comme suit :1,4-11,18

Aliments et cosmétiques

  • Ustensiles, assiettes ou casseroles de céramique ou de métal
  • Eau potable (tuyauterie de métal, contenants d’entreposage en métal)
  • Aliments, épices, bonbons (ingrédients ou emballage)
  • Cosmétique (comme le khôl [al-khal, kajal] et le surma)
  • Médicaments traditionnels (notamment en provenance du Moyen-Orient, de l’Asie du Sud-Est, de l’Inde, de la République dominicaine ou du Mexique)

Environnement et industrie

  • Émissions, particulièrement des mines ou des fonderies
  • Industries familiales ou artisanales (p. ex., démantèlement des piles ou de minerai métallique)
  • Émissions de plomb par de l’essence au plomb dans les zones à forte circulation ou dans les sols contaminés
  • Consomption des combustibles fossiles ou des déchets

Le ministère de la Santé de l’État de New York présente une liste utile des sources de plomb, en anglais.

La présentation clinique

Les enfants qui souffrent de saturnisme sont souvent asymptomatiques19,20 et peuvent donc rester non diagnostiqués. Les signes et symptômes d’exposition au plomb, lorsqu’ils se présentent, peuvent également être vagues ou chroniques.20 Des symptômes aigus peuvent se déclarer, notamment lorsque la plombémie est supérieure à 10 μg/dL.21 Lorsque la plombémie est supérieure à 60 μg/dL, l’enfant peut souffrir de céphalées, de douleurs abdominales, d’anorexie, de constipation, de maladresse, d’agitation et de léthargie.22 Le saturnisme symptomatique doit être considéré comme une urgence médicale.23

Tableau 1. Signes et symptômes d’exposition au plomb
Problèmes gastro-intestinaux
  • Douleurs abdominales
  • Constipation
  • Nausée
  • Vomissements
Perturbation du développement neurologique
  • Changements de comportement
  • Perturbation des fonctions mentales
  • Convulsions
  • Coma
Perturbation de la croissance et du développement
  • Petite taille
  • Retard de la maturation sexuelle
Autre
  • Augmentation des caries dentaires

Sources : Information tirée des références 20 et 24 à 29

Le dépistage

Il n’y a pas de lignes directrices canadiennes sur le dépistage du saturnisme chez les jeunes nouveaux arrivants, mais la plupart des experts pensent que tous les enfants et adolescents réfugiés et issus de l’adoption internationale devraient subir un dépistage après leur arrivée. Lorsqu’on craint qu’un enfant a été exposé au plomb après son arrivée ou lorsque son taux d’hémoglobine est faible au suivi, il faut envisager de vérifier sa plombémie tous les trois à six mois.

La prise en charge

Il n’y a pas de lignes directrices canadiennes précises pour prendre en charge les enfants dont la plombémie est élevée. Les recommandations relatives aux soins dépendent de la plombémie, conformément aux lignes directrices anglaises de l’American Academy of Pediatrics et des CDC.23,30

La prévention

Les cliniciens peuvent contribuer à prévenir l’exposition au plomb chez les jeunes nouveaux arrivants au Canada en informant les parents des dangers potentiels et des sources fréquentes de plomb.23 Puisque les sources d’exposition peuvent varier selon la culture (p. ex., remèdes, thérapies ou aliments traditionnels), il est important d’en explorer les risques potentiels d’une manière adaptée à la culture1 et d’aborder les obstacles potentiels à l’adoption des conseils médicaux, tels que le fait d’habiter dans un logement inadéquat.

Quelques ressources

Les cliniciens peuvent orienter les parents vers les ressources virtuelles suivantes :

Références

  1. CDC, Advisory Committee on Childhood Lead Poisoning Prevention. Low level lead exposure harms children: A renewed call for primary prevention. Atlanta, GA: CDC; le 4 janvier 2012.
  2. Abelsohn AR, Sanborn M. Lead and children: Clinical management for family physicians. Can Fam Physician 2010;56(6):531-5.
  3. Organisation mondiale de la santé. Childhood lead poisoning. Genève, Suisse: OMS, 2010.
  4. Clune AL, Falk H, Riederer AM. Mapping global environmental lead poisoning in children. J Health Pollution 2011;1(2):14-23.
  5. Kaul B, Sandhu RS, Depratt C et coll. Follow-up screening of lead-poisoned children near an auto battery recycling plant, Haina, Dominican Republic. Environ Health Perspect 1999;107(11):917-20.
  6. Ling S, Chow C, Chan A et coll. Lead poisoning in new immigrant children from the mainland of China. Chin Med J (Engl) 2002;115(1):17-20.
  7. López-Carrillo L, Torres-Sánchez L, Garrido F et coll. Prevalence and determinants of lead intoxication in Mexican children of low socioeconomic status. Environ Health Perspect 1996;104(11):1208-11.
  8. Rahbar MH, White F, Agboatwalla M et coll. Factors associated with elevated blood lead concentrations in children in Karachi, Pakistan. Bull World Health Organ 2002;80(10):769-75.
  9. Schwartz J, Levin R. The risk of lead toxicity in homes with lead paint hazard. Environ Res 1991;54(1):1-7.
  10. Stroh E, Lundh T, Oudin A et coll. Geographical patterns in blood lead in relation to industrial emissions and traffic in Swedish children, 1978-2007. BMC Public Health 2009;9:225.
  11. Suplido ML, Ong CN. Lead exposure among small-scale battery recyclers, automobile radiator mechanics, and their children in Manila, the Philippines. Environ Res 2000;82(3):231-8.
  12. Brown MJ, McWeeney G, Kim R et coll. Lead poisoning among internally displaced Roma, Ashkali and Egyptian children in the United Nations-Administered Province of Kosovo. Eur J Public Health 2010;20(3):288-92.
  13. Statistique Canada, avril 2013. Feuillets d’information de la santé : Concentrations sanguines de plomb chez les Canadiens, 2009 à 2011. Catalogue no 82‑625‑X.
  14. Geltman PL, Brown MJ, Cochran J. Lead poisoning among refugee children resettled in Massachusetts, 1995 to 1999. Pediatrics 2001;108(1):158-62.
  15. Proue M, Jones-Webb R, Oberg C. Blood lead screening among newly arrived refugees in Minnesota. Minn Med 2010;93(6):42-6.
  16. CDC. Fatal pediatric lead poisoning – New Hampshire, 2000. MMWR Morb Mortal Wkly Rep 2001;50(22):457-9.
  17. Santé Canada, Santé de l’environnement et du milieu du travail. Plomb.
  18. CDC. International adoption and prevention of lead poisoning. Février 2013.
  19. CDC. Medically oriented fact sheet. Lead poisoning prevention and treatment recommendations for refugee children. Refugee tool kit. Atlanta, GA: CDC, 2009.
  20. Warniment C, Tsang K, Galazka SS. Lead poisoning in children. Am Fam Physician 2010;81(6):751-7.
  21. CDC. Lead screening during the domestic medical examination for newly arrived refugees. Atlanta, GA: CDC, le 16 avril 2012.
  22. Canfield RL, Henderson CR Jr, Cory-Slechta DA et coll. Intellectual impairment in children with blood lead concentrations below 10 microg per deciliter. N Engl J Med 2003;348(16):1517-26.
  23. American Academy of Pediatrics (AAP), comité de la santé environnementale. Lead exposure in children: Prevention, detection, and management. Pediatrics 2005;116(4):1036-46.
  24. Gemmel A, Tavares M, Alperin S et coll. Blood lead level and dental caries in school-age children. Environ Health Perspect 2002;110(10):A625-30.
  25. Needleman HL, Riess JA, Tobin MJ et coll. Bone lead levels and delinquent behavior. JAMA 1996;275(5):363-9.
  26. Shukla R, Dietrich KN, Bornschein RL et coll. Lead exposure and growth in the early preschool child: A follow-up report from the Cincinnati Lead Study. Pediatrics 1991;88(5):886-92.
  27. Sood A, Midha V, Sood N. Pain in abdomen—do not forget lead poisoning. Indian J Gastroenterol 2002;21(6):225-6.
  28. Williams PL, Sergeyev O, Lee MM et coll. Blood lead levels and delayed onset of puberty in a longitudinal study of Russian boys. Pediatrics 2010;125(5):e1088-96.
  29. Wu T, Buck GM, Mendola P. Blood lead levels and sexual maturation in U.S. girls: The Third National Health and Nutrition Examination Survey, 1988-1994. Environ Health Perspect 2003;111(5):737-41.
  30. CDC. Managing elevated blood lead levels among young children: Recommendations from the Advisory Committee on Childhood Lead Poisoning Prevention. Atlanta, GA: CDC, mars 2002.

 

 

Éditeurs scientifiques

  • Anna Banerji, MD
     

Mise à jour : juillet 2014

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