Guide pour les professionnels de la santé œuvrant
auprès des familles immigrantes et réfugiées

Études de cas : Histoires d’enfants et d’adolescents néo-canadiens

Les familles immigrantes et réfugiées ont parfois traversé de terribles épreuves avant leur arrivée au pays. Une partie du travail des professionnels de la santé consiste à aider les nouveaux arrivants à s’intégrer et à s’adapter à leur nouvelle vie.

Les études de cas présentées ici abordent des exemples courants de problèmes de santé particuliers auxquels les jeunes arrivants et leur famille peuvent être confrontés. Ces brèves descriptions fictives sont inspirées de l’expérience clinique de divers collaborateurs. Elles visent à sensibiliser les cliniciens à des problèmes semblables et aux façons d’y réagir.

Nous tenons à remercier les membres du personnel des organisations suivantes pour leurs réflexions et les commentaires formulés : Thorncliffe Neighbourhood Office, et Immigrant Services Society of B.C.

Jeune enfant potentiellement porteuse de la tuberculose et du VIH/sida

Région d’origine :           

République démocratique du Congo

Contexte :                          

Les habitants de pays comme la République démocratique du Congo (RDC), le Sri Lanka et le Soudan continuent de connaître des difficultés, notamment la guerre, la pauvreté extrême, le travail des enfants et la prostitution enfantine.

Résumé :                        

Nzuzi est un bébé de six mois né au Canada. Sa famille est arrivée à Toronto en provenance de la RDC lorsque sa mère était enceinte de sept mois. Cette dernière n’a donc pas reçu de soins prénataux courants.

Depuis deux semaines, Nzuzi ne s’alimente pas bien. Elle tousse et a une légère fièvre. Elle a un poids insuffisant, est fiévreuse (température de 38,5 °C) et présente une tachypnée (fréquence respiratoire de 60 respirations/minute) et un léger râle. Son foie et sa rate sont hypertrophiés, et elle présente une tuméfaction ganglionnaire cervicale. Le diagnostic différentiel comprend la tuberculose et le VIH/sida.

Difficultés :                       

Vous savez que le viol de femmes par les rebelles est une méthode couramment employée pour terroriser les villageois de l’est de la RDC. Comment vous y prendriez-vous pour vous informer sur la santé de la mère et lui demander si elle a été victime de viol et s’il est possible qu’elle ait été infectée par le VIH, tout en faisant preuve de compassion et d’attention?

Points essentiels :          

Il se pourrait que Nzuzi n’ait qu’une pneumonie, mais dans ce cas-ci, étant donné que la famille arrive d’Afrique et qu’une hépatosplénomégalie a été observée, les diagnostics les plus probables sont la tuberculose ou le VIH/sida. Or, dans les deux cas, la maladie aurait été transmise par une autre personne, et dans le cas du VIH/sida, cela signifierait que la mère de Nzuzi est elle aussi porteuse du virus. On ignore si la mère sait ou soupçonne qu’elle est porteuse du VIH/sida. Il faut donc aborder ce problème avec délicatesse et compassion. La mère devra être aiguillée vers un centre pour adultes afin de procéder à un diagnostic et à une prise en charge de la maladie.

Autres renseignements :

Jeune enfant possiblement atteinte du VIH/sida

Région d’origine :           

Malawi

Contexte :                          

Les parents peuvent se montrer réticents à faire subir à leurs enfants certains tests pour dépister des maladies comme le VIH et la tuberculose, craignant des conséquences négatives quant à leur statut d’immigrant.

Résumé :                            

Ateefa est un bébé de 18 mois dont la mère est originaire du Malawi. Ses antécédents laissent croire qu’elle pourrait être porteuse du VIH/sida, mais ses parents refusent de lui faire passer un test, craignant des répercussions sur leur statut d’immigrant et d’être déportés. Vous prenez le temps d’expliquer que le diagnostic du VIH serait bénéfique pour Ateefa, puisqu’on pourra commencer à lui administrer des antirétroviraux.

Après de longues discussions par l’entremise d’interprètes, la famille accepte qu’Ateefa passe le test, et on commence à administrer à l’enfant des antirétroviraux et des traitements préventifs contre des infections opportunistes. Le test de dépistage est également administré aux deux autres membres de sa fratrie. Au grand soulagement des parents, les résultats sont négatifs.

Difficultés :                       

Comme vous savez que le diagnostic du VIH chez un enfant de 18 mois signifie que la mère est elle aussi porteuse, comment vous y prendriez-vous pour expliquer qu’il est nécessaire de faire passer le test à l’enfant et à tous les autres membres de la famille?

Points essentiels :          

Le problème est de taille. D’abord, le professionnel de la santé devrait expliquer à la famille les caractéristiques du VIH/sida, et insister sur le fait qu’au Canada, on ne met pas à l’écart et on ne méprise pas les patients atteints du VIH/sida comme c’est peut-être le cas ailleurs. Avec un suivi thérapeutique adéquat, ces personnes peuvent mener une longue vie tout à fait normale.

Autres renseignements :

Jeune garçon éprouvant des problèmes de comportement à l’école

Région d’origine :           

Jamaïque

Contexte :                          

Certains immigrants viennent au Canada pour travailler sans amener leurs enfants : ce sont donc les grands-parents ou d’autres proches qui en prennent soin dans le pays d’origine. Certains de ces enfants arrivent au pays plus tard, et doivent apprendre à vivre dans une culture qui leur est inconnue, avec des parents qu’ils connaissent à peine. Le statut d’immigrant entre aussi en ligne de compte. Les visiteurs qui restent au Canada, y compris les enfants nés à l’étranger, n’ont aucun statut d’immigrant, tandis que ceux nés au Canada sont citoyens canadiens.

Résumé :                            

Jamal est un garçon de 10 ans. Sa mère vous consulte parce qu’elle s’inquiète à propos de ses progrès et de son comportement à l’école. Le premier bulletin scolaire de Jamal indique qu’il est en situation d’échec dans plusieurs matières. De plus, l’enseignant indique que le garçon a un comportement perturbateur en classe, désobéit régulièrement, a souvent une attitude irrespectueuse et se bagarre avec d’autres élèves.

La mère de Jamal est arrivée au Canada il y a huit ans pour y étudier et y travailler. De l’âge de deux ans jusqu’à il y a six mois, le garçon vivait avec sa grand-mère en Jamaïque. Il habite maintenant au Canada avec sa mère et ses deux demi-sœurs.

Difficultés :                       

Quels facteurs pourraient expliquer certaines des difficultés éprouvées par Jamal à l’école? Comment essaieriez-vous d’aider le garçon et sa mère?

Points essentiels :          

Jamal pourrait certes souffrir d’un trouble d’apprentissage ou du trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH). Compte tenu des antécédents, il se peut que ses difficultés à l’école soient plutôt liées au déménagement dans un nouveau pays et au fait qu’il vit maintenant avec sa mère, mais qu’il n’éprouve pas forcément un attachement fort envers elle. L’aiguillage vers un organisme communautaire qui travaille auprès des familles antillaises ou qui offre des services de santé mentale ou de consultation familiale serait indiqué.

Autres renseignements :

Jeune garçon qui souffre de douleurs abdominales

Région d’origine :           

Europe de l’Est

Contexte :                          

Les réfugiés roms subissent beaucoup de discrimination dans des régions comme l’Europe de l’Est, et plus particulièrement en Roumanie, en Hongrie et en République tchèque. Au moment de rédiger ces lignes, Citoyenneté et Immigration Canada considère que ces pays sont sûrs et que les risques d’y être victime de persécution sont peu élevés. Les revendications du statut de réfugié des personnes qui en sont originaires sont donc moins susceptibles d’être reconnues.

Résumé :                            

Marko est un garçon de six ans qui souffre de douleurs abdominales et est parfois victime d’incontinence fécale. Il vit au Canada depuis quatre mois et vient de commencer l’école.

Marko et sa mère parlent hongrois et tchèque et commencent tout juste à apprendre le français. Lorsqu’on lui demande des renseignements sur leurs antécédents, y compris les endroits où ils ont vécu ou leur statut d’immigrant, la mère demeure vague. De plus, vous ne savez pas exactement quels vaccins ont été administrés à Marko et quelles écoles il a fréquentées. Peu de renseignements ont été fournis à propos du père du garçon.

Difficultés :                       

Considérant qu’il se pourrait que Marko et sa mère soient roms et demandeurs d’asile, comment procéderiez-vous pour obtenir des renseignements sur le garçon et ses antécédents familiaux afin d’être en mesure de l’aider?

Points essentiels :          

Bien que les douleurs abdominales de Marco puissent être de nature organique, il se pourrait qu’elles soient liées à certains problèmes affectifs et psychosociaux vécus par la famille. Certaines analyses de laboratoire pourraient être nécessaires. Une vérification plus approfondie des antécédents psychosociaux et un aiguillage vers un organisme communautaire qui travaille auprès de familles immigrantes et plus particulièrement de Roms s’imposent. De plus, si les antécédents de vaccination de Marko ne sont pas clairs, il se pourrait qu’une nouvelle série de vaccins soit nécessaire.

Autres renseignements :

Jeune fille qui éprouve des difficultés à l’école

Région d’origine :           

Colombie

Contexte :                          

Certains des immigrants qui arrivent au Canada viennent de pays où les crimes et la violence sont fréquents en raison du trafic de stupéfiants, comme la Colombie et le Mexique.

Résumé :                            

Maria est une fillette de huit ans qui est en 3e année dans une école de quartier. Elle vit avec sa mère et son frère de cinq ans, qui est en prématernelle. La famille a quitté la Colombie il y a trois ans en raison de la situation politique qui régnait dans le pays. La mère de Maria travaille à temps partiel dans une beignerie et essaie de suivre des cours de français pour adultes. Le père de la jeune fille se trouve toujours en Colombie, et la famille est sans nouvelles de lui depuis neuf mois.

Maria a été dirigée vers un pédiatre communautaire en raison de difficultés scolaires. Elle éprouve des problèmes de lecture, a du mal à rester attentive en classe et a besoin d’une supervision étroite pour faire ses travaux. Maria a parfois une attitude perturbatrice en classe et cherche les disputes avec son enseignant et les autres élèves.

Difficultés :                       

Quelles sont les explications possibles des difficultés éprouvées par Maria à l’école? Comment essaieriez-vous de l’aider?

Points essentiels :          

Plusieurs facteurs peuvent expliquer les difficultés scolaires de Maria. Elle pourrait avoir un trouble d’apprentissage ou un trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH), mais son comportement pourrait aussi s’expliquer par une expérience limitée de l’école, les problèmes affectifs et psychosociaux vécus par sa famille et l’incapacité de sa mère à l’aider à faire ses devoirs. Une discussion ouverte avec les responsables de l’école et les enseignants serait bénéfique. L’école pourrait envisager d’inscrire Maria sur la liste d’attente pour une évaluation en psychopédagogie par l’intermédiaire du conseil scolaire. L’école pourrait aussi déjà disposer de tuteurs bénévoles capables d’aider Maria à faire ses devoirs. L’aiguillage vers un organisme communautaire qui travaille auprès de familles latino-américaines serait aussi utile.

Autres renseignements :

Jeune fille qui souffre de céphalées

Région d’origine :           

Russie, via Israël

Contexte :                          

Certaines familles arrivent au Canada après avoir vécu dans un pays autre que leur pays d’origine, par exemple d’Afghanistan via le Pakistan ou de Russie via Israël. Ces trajets indirects peuvent poser problème lorsque vient le temps de déterminer le statut immunitaire, par exemple, ou d’évaluer le risque de maladies en fonction de la région d’origine.

Résumé :                            

Deborah est une jeune fille de 10 ans. Elle souffre de céphalées, à raison de trois à quatre fois par semaine au cours du dernier mois. L’école l’a renvoyée à la maison à plusieurs reprises. Vous êtes impressionné de constater qu’elle parle russe et hébreu et apprend maintenant le français et l’anglais. Vous ne connaissez toutefois pas exactement les endroits où elle a vécu et les vaccins qui lui ont été administrés.

Difficultés :                       

Comment feriez-vous pour déterminer les antécédents de Deborah, connaître son historique de vaccination et déterminer les causes possibles de ses céphalées?

Points essentiels :          

Les professionnels de la santé doivent garder à l’esprit les causes particulières des céphalées, comme l’hypertension intracrânienne ou la migraine. Dans le cas de Deborah, les céphalées pourraient aussi être attribuables au déménagement dans un nouveau pays, à la perte de ses amis et de son école en Israël ou en Russie, ou encore au stress familial. Plutôt que de commencer par demander une tomodensitométrie, vous pourriez envisager un traitement symptomatique, la consignation des céphalées dans un journal, une évaluation psychosociale plus approfondie et possiblement l’aiguillage vers un organisme communautaire qui travaille auprès de familles immigrantes. De plus, en cas de doute concernant l’historique de vaccination de Deborah, une série complète de vaccins pourrait être nécessaire. Certains centres procèdent à une étude sérologique de différentes maladies infectieuses (p. ex., polio, rougeole, varicelle) et administrent les vaccins dans les cas où l’enfant n’est pas immunisé. Dans le cas d’une jeune fille de dix ans venant de Russie et d’Israël, cette approche pourrait être appropriée.

Autres renseignements :

Éditeurs scientifiques

  • Robert Hilliard, MD

Mise à jour : février 2014

http://www.enfantsneocanadiens.ca/screening/case-studies
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